Editoriaux - Education - Entretiens - Politique - 15 juin 2019

Marion Maréchal : « La débâcle des LR est une opportunité et les municipales peuvent être une étape intéressante »

Un entretien exclusif de Boulevard Voltaire

Marion Maréchal passe en revue les grands sujets du moment : ISSEP, état du système universitaire, combat culturel, conservatisme, alliance des droites, crise de LR, hypothèse Éric Zemmour, municipales comme laboratoire pour la recomposition. Un grand tour d’horizon rafraîchissant et stimulant.

Que retenez-vous de cette première année à la tête d’une école ?

Je retiens que plusieurs succès nous ont permis de mettre le pied dans la porte. Nous avons une petite centaine d’étudiants et une cinquantaine d’enseignants, des locaux, une revue, un cycle de conférences, une réputation qui s’installe et beaucoup de projets de développement. Une dizaine d’étudiants ont d’ores et déjà passé les jurys et une dizaine d’autres ont postulé. Nous avons la certitude que le l’ISSEP répond bien à un besoin. C’est surtout une satisfaction personnelle et une réussite entrepreneuriale importante.


L’ISSEP s’inscrit clairement dans une démarche ‘‘d’alternative’’ contre le progressisme et le politiquement correct.
Avez-vous l’impression que cette mayonnaise prend ?

Je vois une forme de continuité entre mon engagement passé et ce que je fais aujourd’hui à l’ISSEP. L’ISSEP ne s’inscrit pas du tout dans un cadre politique électoral ou partisan. Il porte plutôt une sorte de combat culturel qu’il faut assumer comme tel.
Il vise plusieurs objectifs. Le premier est que nos étudiants soient diplômés, insérés professionnellement et qu’ils deviennent des dirigeants politiques ou économiques au service de la cité. Le deuxième est d’apporter une bouffée d’oxygène, une alternative à un système universitaire qui est, pour une grande partie, très uniforme idéologiquement. Il est parfois même militant et sectaire, en particulier dans les sciences sociales prises en otage dans différents délires, indigéniste, dé-coloniaux, néo féministe, la lutte intersectionnelle… Elles sont de plus en plus virulentes avec parfois la mise au banc d’un certain nombre de personnalités, des pièces de théâtre ou des conférences annulées. Ce phénomène est très inquiétant. Le monde de l’université et de la recherche devait être un lieu de débat et de réflexion, et de liberté d’opinion et d’expression.
L’ISSEP est là pour humblement essayer de remettre de l’équilibre. Elle est là, au contraire, pour faire de cette école un exemple de pluralisme intellectuel, à la fois dans ses programmes où on étudie des auteurs et des courants très variés de gauche comme de droite, mais aussi dans ses invitations et ses conférenciers. Il n’y a pas ici de personnes interdites sous prétexte de morale ou de bon sentiment.

Beaucoup de journalistes étaient présents pour cette conférence de presse. C’est extrêmement rare pour une école qui n’est pas à Paris.
À quoi attribuez-vous cet intérêt médiatique national pour l’ISSEP que vous dirigez ?

Je pense que beaucoup ont compris que cette école portait un engagement qui avait du sens bien au-delà du simple projet pédagogique. Elle s’inscrit dans ce fameux combat culturel. Elle renvoie aux carences de la formation de nos élites et de la liberté d’expression et d’opinion. Elle est intéressante. Ma présence dans cette école et le fait que beaucoup projettent pour moi des ambitions politiques n’y sont certainement pas étrangers.
C’est aussi l’originalité de ce que nous sommes.
En France, le fait que puisse s’installer une école assumée comme conservatrice et adepte de la conservation de notre héritage civilisationnel est assez atypique. C’est un petit coup de pied dans la fourmilière. Ça intéresse.

Cette école participe-t-elle à redéfinir ce conservatisme que vous avez essayé de définir sur LCI ?

Il est important de rappeler que cette école n’a pas de rôle politique et électoral. Néanmoins, c’est un lieu de débat et de réflexion. C’est ce que l’on fait avec le pôle recherche qui est en cours de développement avec la revue de l’ISSEP.
À partir de là, tous les grands défis technologiques, politiques, géopolitiques sociaux et économiques sont traités et abordés. C’est logique puisqu’on est une école de sciences politiques.
C’est une école conservatrice, car elle tend à conserver et à transmettre un certain nombre de choses de notre héritage culturel pour permettre la véritable émancipation. Pour dépasser, faut-il encore recevoir…
J’ai dû mal à concevoir l’éducation autrement que par conservatisme, avec l’originalité de mettre l’enracinement parmi les valeurs cardinales de l’ISSEP. Il s’agit de s’assumer comme enraciné dans une culture et une histoire pour porter cette vision sur le long terme qui manque cruellement à beaucoup de nos décideurs politiques.


Sur le plateau de LCI, Adrien Gindre vous a demandé si vous pensiez à un retour en politique.
Vous lui avez répondu ‘‘vous me demandez qui franchira la ligne d’arrivée alors que nous n’avons pas encore constitué l’équipe de départ’’.
L’ISSEP est-elle un vivier potentiel pour constituer une éventuelle équipe de départ pour un projet conservateur ?

Je n’utilise pas l’ISSEP comme un levier personnel. Je distingue totalement les deux activités en tant que directrice d‘école. Je ne m’interdis pas de pouvoir parler dans le débat public.
À l’heure actuelle, je n’ai pas d’ambition électorale.
Si je peux contribuer sur le plan des idées à faire avancer des choses, je le ferais volontiers. Je ne suis en revanche pas du tout dans une stratégie électorale et je ne compte pas utiliser l’ISSEP dans ce cadre-là, si tant est qu’un jour j’ai le souhait de revenir en politique.


Patrick Buisson a déclaré sur LCI que le principal clivage ne sera plus gauche et droite, mais libéral et antilibéral.
Partagez-vous cette opinion de l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy ?

Je suis d’accord que l’alliance des droites n’est pas une fin en soi. Ce qui est une fin en soi, c’est la défense de la France et des Français. Ce n’est qu’une étape parmi d’autres dans le cadre d’une rassemblement suffisamment pour contrer l’idéologie progressiste incarnée par Emmanuel Macron.
Il recoupe d’ailleurs principalement un héritage de gauche anti-national.
Je partage le fait qu’il existe un clivage libéral/anti-libéral sur le plan philosophique du terme. Le libéralisme philosophique n’est pas tout à fait le libéralisme économique. Des confusions sont peut-être parfois un peu faites.
Le libéralisme économique lui-même se confond avec l’économie de marché. Certains libéraux économiques sont parfois même très protectionnistes. Adam Smith n’était pas du tout opposé à l’idée de protectionnisme.
Des subtilités sont parfois un peu compliquées à mettre dans le débat des idées. Le clivage libéral/ anti-libéral est un clivage parmi d’autres qui se superpose à d’anciens et de nouveaux.
Je pense que le clivage droite/gauche continue en partie d’irriguer la vie politique française. Pas forcément où se trouvent les partis d’ailleurs. Il y a aussi un clivage mondialiste/national et les clivages territoriaux entre les métropoles et la France périphérique.
Aucun ne décrit parfaitement les antagonismes politiques, mais tous d’une certaine manière, contribuent à nous éclairer.

S’oriente-t-on sur ce bipartisme LREM d’un côté et Rassemblement national de l’autre ?

Je ne pense pas du tout que l’on puisse faire une analogie entre l’UMPS et RN et LREM.
L’UMPS était justement une formule amusante pour signifier que la pratique du gouvernement était la même malgré des antagonismes de programmes dans les campagnes.
Je ne pense donc pas du tout que le RN ait la même vision que la société que LREM et ils l’assument tous les deux.
D’une certaine manière, la débâcle de LR peut être une opportunité de clarifier la vie politique française. Entre une grande partie des élus LR plutôt centro-compatibles donc plutôt amenés inexorablement à s’allier avec Macron et une partie de droite issue du RPR qui pourrait travailler avec le RN en gardant sa particularité. Cette dernière a jusqu’ici été complètement enfermée dans cette religion du cordon sanitaire imposé par la gauche, prisonnière d’une forme de terrorisme psychologique de la part de cette gauche qui désigne avec qui on a le droit de parler ou de ne pas parler, alors même que beaucoup de positions devraient amener les gens à se rassembler naturellement.
Que LR soit totalement happé par LREM ou que finalement qu’émerge une force un peu différente, ce sera dans tous les cas bénéfique pour que les Français puissent se positionner au mieux demain.


Selon vous, y aurait-il une possible alternative Eric Zemmour ?

Je trouve qu’Eric Zemmour a beaucoup de talents. C’est indéniable. Il l’a d’ailleurs démontré pendant ces Européennes face à Daniel Cohn-Bendit. Leur débat était vraiment impressionnant.
Quand j’ai dit sur LCI qu’on ne va pas désigner qui va passer la ligne d’arrivée, alors qu’on n’a pas constitué l’équipe de départ. Elle vaut pour tout le monde, y compris Eric Zemmour.
À partir du moment où on n’a pas de visibilité à six mois, car la recomposition politique va très vite, il est très compliqué de pouvoir aujourd’hui affirmer qui serait légitime, où et comment surtout pour une élection qui aurait lieu dans trois ans.
C’est très bien que des gens bougent et prennent des initiatives. Plus il y a d’initiatives, plus ce sera positif.
Eric Zemmour a vraisemblablement un rôle à jouer. Mais je pense que lui-même sera d’accord avec le fait qu’il est un peu tôt pour affirmer qui serait en mesure demain de pouvoir contrer à lui seul le camp progressiste.


La stratégie d’avoir des listes d’alliances pour les municipales est-elle une bonne stratégie ?

Je ne milite pas pour des fusions de partis. Je milite pour des alliances de personnes.
Lorsque j’étais au RN, nous avions mis en place des listes blanches. Elles permettaient à l’époque, au sein de LR, d’identifier des élus qui s’étaient manifestés par leur cohérence, leur proximité avec nous et leur honnêteté. Ils pouvaient de ce fait bénéficier ou d’un désistement ou d’une alliance de circonstance pour éviter qu’une personne du camp de gauche puisse être élue.
Il n’y a pas de meilleure élection pour ce genre de pratique que les élections locales qui devraient naturellement appeler à dépasser les chapelles pour se réunir sur des projets et des idées.
Cela peut être une étape très intéressante assez révélatrice. C’est une façon peut-être de conduire à quelque chose de national. Elle pourrait aboutir à terme à une coalition départementale comme on l’a vu dans d’autres pays d’Europe. Entre des ministres qui seraient élus de courants politiques différents, mais qui s’accorderaient sur l’essentiel autour des sujets régaliens, de la puissance française, de la souveraineté française, de la prospérité économique et bien évidemment de la question de l’identité et de l’immigration.

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