On peut saluer la prestation pour le moins originale de au Parlement européen. Et lui donner la place qu’elle mérite : beaux moyens, bel investissement, mais décalé, hors de propos.

Pour illustrer son plaidoyer pour les droits des femmes en guerre contre le patriarcat, l’eurodéputée de La France insoumise s’est travestie. En « Rosie la riveteuse » pour illustrer son laïus devant un parterre quasi vide de députés, coronavirus oblige. Un costume de carnaval pour faces de carême mais qui plaît beaucoup, ces derniers temps : bleu de travail, gants Mapa jaunes et foulard à pois dans les cheveux avec, note finale, un focus sur ce geste symbolique cher à Rosie qui montre ses muscles. Nos féministes en raffolent, ces derniers temps.

L’icône « Rosie», c’est l’image de cette femme ouvrière inscrite dans la culture américaine. Symbole du courage patriotique de celles qui ont pris la place de leurs compagnons à l’usine à une époque où les Insoumises n’étaient pas nées, celle des années de guerre. Le slogan « We Can Do It! » qui y est accolé plaît aux enragées d’aujourd’hui qui veulent, à tout prix, y voir leur marque de la revanche sur le patriarcat.

Il y a trois semaines, une chorégraphie tournait en boucle sur les réseaux sociaux : on y voyait la même Manon Aubry accompagnée de quelques copines comme Clémentine Autain et la sénatrice Esther Benbassa se trémousser, en tenue de Rosie, pour dénoncer ce patriarcat qui les étouffe « à cause de Macron » sur l’air bien connu de « À cause des garçons ». Charmant mais mal perçu : la scène finale n’a pas plu. Les danseuses se précipitant sur l’effigie du Président pour lui régler son compte à coups de taloches n’aura pas été du plus bel effet. Une polémique est née.

Le costume de « Rosie la riveteuse » a encore servi lors des défilés de la Journée des droits des femmes. Mais c’est Manon Aubry la plus accro, même si, comme le remarque fort justement Didier Giraud, l’agriculteur des « Grandes Gueules », « c’est peut-être bien la première et la dernière fois de sa vie qu’elle mettait un bleu de travail… Ça me fait marrer, quoi. Se servir du bleu de travail quand on n’a jamais bossé de sa vie et qu’on a fait que de la politique, ça me fait doucement marrer. Aller bosser dans une usine à la chaîne, je suis sûre qu’elle n’y a jamais été. » C’est bien connu, le costume ne fait pas le moine.

Au cours de sa longue carrière, Rosie n’a pas toujours été dans le camp des Insoumises. En mai 1943, son image a même été légèrement détournée à des fins patriotiques. Avec une connotation religieuse, même si on peine à y croire : le Saturday Evening Post Magazine l’a mise en scène, foulant aux pieds Mein Kampf telle une Madone écrasant la tête du serpent, son bleu de travail orné d’une effigie de la Vierge auréolée accompagnée des douze étoiles. Telle Marie la mère de Jésus écrasant le mal.

Pas vraiment le genre Clémentine Autain ni celui de Manon Aubry, d’ailleurs, à qui le détail historique a dû échapper…

Sur le fond, le discours de l’Insoumise au Parlement européen, ce jour-là, n’avait rien de bien original : inégalité des sexes, des salaires, des retraites, violences faites aux femmes ; rien que de très convenu. Reconnaissons que seule sa conclusion ne manquait pas de panache : « Levons-nous, femmes esclaves, et brisons nos entraves, debout, debout debout ! ». Une déclaration de guerre en règle, mais contre qui ? Les hommes ? Voilà donc les ennemis du genre féminin ?

Cette guerre des sexes est donc déclarée : ce sera celle des femmes contre les hommes. La nouvelle lutte des classes. Qui se déroule dans la tête de certaines mais ne correspond à rien de bien réel. Une autre menace, bien présente, est aux portes du Parlement européen. Depuis que l’invasion migratoire a commencé, le mode de vie, la sécurité, l’identité des femmes, précisément, sont en danger. Cette bataille-là a déjà commencé. Sans Marion Aubry, apparemment…

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