Conseil à Amandine Gay, militante afro-féministe actrice et réalisatrice : surtout, si vous vous lancez dans la sémantique diachronique, celle – mais vous le savez – qui évolue au fil des temps, faites comme moi, prenez le temps de vous documenter avant de donner une leçon en sémasiologie à autrui…

Votre victime, l’écolo Julien Bayou, a cru bon, à tort, de vous présenter ses excuses alors que c’est vous qui avez « inversé la réalité ». Mais, pour lui, vous représentiez la « bien-pensance », d’où son « suicide » épistolaire, craignant d’être… « lynché » par son camp ! Alors qu’à aucune époque, ce mot « lynchage » n’évoque une couleur de peau pour les victimes qui ne sont que des « malfaiteurs » ou des « criminels ». Mais il vous aurait été difficile de reconnaître que, criminels, les policiers ne l’étaient pas…

Le Larousse du XXe siècle (1931), reprenant la définition donnée par l’édition de 1897, doute de l’étymologie du mot « lynchage » : lors « de la colonisation américaine, il se forma […] des comités de vigilance qui pendirent […] les criminels pris en flagrant délit ». Et Lynch, soit « serait un juge qui aurait débarrassé le pays des malfaiteurs par des procédés sommaires ». Soit un fermier de Virginie, voire le fondateur d’une ville…

Le Grand Larousse (1962) donne comme définition, pour « lynchage » : « Exécution sommaire par une foule. » Et Lynch, « personnage hypothétique, aurait débarrassé sa circonscription de tous les malfaiteurs ». Sa loi « consistait à juger et à exécuter […] les criminels ».

Le Dictionnaire de la langue française d’Émile Littré (1877, réédition de 1969), ne mentionne ni « lynchage » ni « Lynch », mais seulement « lyncher » : « Appliquer la loi de Lynch. Aux États-Unis, exécuter sommairement (par) un rassemblement populaire. » Exemple : « Les habitants de l’Illinois ont chassé les mormons après avoir lynché leur prophète. » Et les mormons sont plutôt de type… européen.

Le Petit Robert (2002) : « Lyncher, de “la loi de Lynch” 1837 attribué à Ch. Lynch, juge de Virginie. Exécuter sommairement […] par une décision collective, un criminel. Par extension : Exercer de graves violences sur quelqu’un en parlant d’une foule. » Ce qui fut le cas de ce policier « lynché ».

Et le plus récent : le Dictionnaire de l’Académie française (2019), qui précise que « lyncher » est « emprunté de l’anglais des États-Unis to lynch, du nom du capitaine William Lynch (1742-1820), qui aurait instauré la pratique consistant à juger et éventuellement à exécuter sur-le-champ les criminels pris en flagrant délit ». C’est, « en parlant d’une foule, d’un groupe, malmener, brutaliser une personne qu’on a prise à partie ».

N’est-ce pas ce qui est arrivé au policier agressé à Paris, n’en déplaise à Amandine Gay ? Et je n’ai trouvé aucune qualification concernant les victimes autres que « criminels » ou « malfaiteurs ». Là, où, effectivement, l’on pourrait dire que le terme de lynchage n’est pas approprié, c’est que c’est un policier et non un criminel qui a été lynché.

2 décembre 2020

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