Editoriaux - Entretiens - Politique - Société - 19 juin 2019

Ludovine de La Rochère : « On nie quelque chose qui est absolument universel ! »

Le besoin d'un enfant d'avoir un père et une mère

Après que le Premier ministre a annoncé qu’un projet de loi sur la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes va être présenté à l’Assemblée nationale, Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous, réagit au micro de Boulevard Voltaire.

Le Premier ministre Édouard Philippe a confirmé, la semaine dernière, qu’un projet de loi sur la procréation médicalement assistée sans père sera présenté en juillet.
Fallait-il s’y attendre ?

On entendait parler de ce projet depuis longtemps. On savait que le risque était majeur et le péril immense. Le gouvernement avait reporté plusieurs fois cette idée d’un projet de loi de bioéthique incluant la PMA sans père. Malheureusement, on voit qu’à la sortie des élections européennes, Emmanuel Macron se croit tout puissant et a toutes possibilités d’aller sur des sujets aussi injustes, graves et porteurs de conséquences que celui-ci.


Quelles stratégies allez-vous mener ?
Comptez-vous vous mobiliser autant qu’en 2013 ?

Comme vous l’imaginez, on ne dévoile pas une stratégie à l’avance. On ne fait d’annonces que lorsque c’est le bon moment. On ne les fait pas à moitié. Je vous confirme néanmoins qu’un certain nombre d’actions vont être annoncées dans les prochaines semaines. Nous comptons bien nous mobiliser. Le cœur du sujet est l’enfant concerné par la PMA.
Nous n’avons pas cessé de dire depuis 2012 que le problème de la loi Taubira était en particulier cette question sur la PMA sans père et la GPA, une manière de faire volontairement des orphelins de père ou de mère. Nous y sommes !
Nous allons appeler à défendre les droits de l’enfant, à défendre la finalité de la médecine et à défendre la gratuité du don de gamète.


Même si le gouvernement ne parle pas encore de GPA, allez-vous parler de la gestation pour autrui pour montrer qu’à chaque fois les politiques vous font des promesses qu’ils ne tiennent pas ?

Il faut avoir conscience que la marchandisation humaine commence avec l’extension de la PMA sans père. Elle n’arrive pas seulement avec la GPA. Je le souligne parce que la PMA sans père est en elle-même un saut anthropologique bien réel. La gestation pour autrui va à l’évidence avec l’extension de la PMA. On parle là d’une PMA sans motif médical, plus précisément pour des femmes fécondes, une PMA en l’absence de père pour l’enfant.
Si on en est à nier le fait que la médecine n’est pas là pour intervenir pour la procréation de femmes fécondes et à nier le fait que la médecine doit respecter son cahier des charges, pourquoi s’arrêterait-on là ?
On nie quelque chose d’absolument profondément humain, celui d’avoir un père et une mère pour l’enfant. La gestation pour autrui va avec la PMA.
On sait très bien tous les motifs juridiques liés à l’égalité homme-femme. Si les femmes ont un droit à l’enfant, ce sera évidemment la même chose pour les hommes…
Il y a quelques années, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) était contre la PMA post mortem ou la PMA sans père. Maintenant, il est favorable. Il était contre l’autoconservation ovocytaire. Aujourd’hui, il est favorable.
Quand le CCNE dit qu’il est aujourd’hui opposé à la gestation pour autrui, qui peut croire que dans quelque temps, il n’aura pas changé d’avis ? Il n’a aucun fondement éthique. Il est dans le relativisme le plus absolu.
Le CCNE est nommé par les politiques. Edouard Philippe s’est renié sur l’extension de la PMA. D’autres ministres sont en train de se renier sur la PMA tout en nous disant la main sur le cœur : « non à la GPA ». Nul n’est dupe, nul n’est naïf. Cela ne peut pas fonctionner.

En 2013, dans les rangs de la Manif pour tous se trouvaient majoritairement des catholiques.
Aux élections européennes de mai dernier, 38 % des catholiques ont voté pour la République En Marche, alors que Macron défend la PMA.
N’avez-vous pas peur que la Manif pour tous s’essouffle après le changement de sensibilité de certains catholiques entre 2013 et 2019.

Il ne faut pas confondre les clivages partisans, une élection politique et la politique politicienne, avec procréation, filiation et famille qui sont des sujets fondamentaux et d’avenir.
Tous les sondages attestent depuis belle lurette que la première préoccupation des humains, d’une manière générale, c’est la famille.
C’était une élection atypique. Il faut d’autant moins en tirer des conclusions pour l’avenir sur les questions humaines et éthiques.


Pensez-vous que la procréation médicalement assistée, même pour les couples hétérosexuels, n’a pas donné d’armes à vos adversaires ?

Quelles que soient les conditions légales d’accès à la PMA, ils n’ont pas cessé de jouer sur les différences entre l’accès pour les couples homosexuels ou hétérosexuels.
En réalité, la loi ne parle pas du tout de la sexualité des personnes. La loi parle du couple qui peut en principe avoir des enfants, à savoir un couple homme-femme vivant et en âge de procréer. C’est ça le sujet.
On a changé cela en prétendant qu’il s’agissait d’une question d’orientation sexuelle, ce qui est faux, pour dire qu’il y a une inégalité. Le Conseil d’État a lui-même dit qu’il n’y avait aucune inégalité en la matière ni discrimination. Au regard de la procréation, le couple homme-femme se trouve dans une situation différente de celle du couple de femmes ou de la femme seule. Il n’y a pas d’inégalité. Tout cela est absolument bidon.

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