Après deux mois de négociations, le fabricant japonais de pneumatiques Bridgstone confirme la fermeture de son usine dans le Pas-de-Calais, au printemps 2021. Une annonce qui menace l’emploi des 863 salariés et qui inquiète les commerçants béthunois.
Réaction de Ludovic Pajot, maire de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais).
Vous avez annoncé l’échec des négociations entre le groupe japonais Bridgestone et les pouvoirs publics. Concrètement, quelles sont les conséquences de cet échec ?
La première conséquence directe de l’échec des négociations est, bien évidemment, la menace qui pèse sur la pérennité des emplois du site de Bridgestone Béthune. Ce sont 863 salariés qui sont menacés de perdre leur emploi, ce qui est considérable à l’échelle de notre territoire. Ce sont donc des drames économiques et sociaux qui se profilent, mais bien évidemment, également, des drames humains pour de nombreuses familles. Les pouvoirs publics et les élus ne peuvent rester de simples spectateurs face à cela. Nous devons trouver des solutions pour maintenir ces salariés sur le marché de l’emploi, même si celui-ci est amené à évoluer à l’avenir.
ArcelorMittal, Bridgestone et tant d’autres… À quoi attribuez-vous cette inexorable désindustrialisation du nord de la France ?
Le cas de Bridgestone n’est, en effet, pas unique et il s’inscrit dans une longue lignée de fermetures progressives de nos usines. Ce mouvement continu de désindustrialisation est tout d’abord lié à un choix politique des gouvernements successifs, qui n’ont absolument pas défendu les industries de notre pays, en misant sur une évolution de notre modèle économique. Le système du libre-échange débouchant sur une concurrence souvent déloyale n’a fait qu’accroître le phénomène de désindustrialisation que nous subissons. Nous payons le prix, aujourd’hui, d’années de renoncements et de mauvais choix stratégiques. Un pays fort a besoin d’un tissu industriel performant.
Drame social pour les travailleurs du site de Bridgestone mais aussi scandale économique. Comment une entreprise ayant engrangé des aides et de l’argent public peut-elle fermer ainsi sans avoir de comptes à rendre ?
En effet, le groupe Bridgestone a bénéficié de subventions publiques, ce qui rend encore plus scandaleuse la décision actuelle de fermeture du site. Outre l’aspect immoral de ce type de comportement, cette situation est rendue, au fond, possible par le système d’économie mondialisé, sans protection aucune de nos marchés, avec lequel nous fonctionnons actuellement. Certes, Bridgestone est une entreprise privée et dispose donc d’une liberté dans sa gestion, mais elle ne peut ainsi faire abstraction de centaines de salariés qui ont contribué à sa réussite. Il est urgent que la politique reprenne son rôle et, au-delà des mots, démontre qu’elle est toujours en capacité de protéger les emplois des Français.
Vous avez été élu maire de la commune de Bruay-la-Buissière, commune située au cœur du bassin minier. Cette ville a perdu un tiers de sa population en moins de cinquante ans et l’emploi ne cesse de reculer. Comment un élu local peut-il remédier à cette situation ?

Bruay-la-Buissière est au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais qui, riche d’un passé industriel dynamique, est aujourd’hui confronté à de graves difficultés économiques et sociales. Nos territoires subissent encore de plein fouet les conséquences économiques de cette désindustrialisation massive. Dans ce contexte, l’élu local que je suis utilise les moyens qui sont mis à sa disposition pour tenter d’inverser localement la tendance, de sauvegarder les emplois et de redynamiser la commune. L’ERBM (Engagement pour le renouveau du bassin minier) figure parmi les outils dont nous disposons, notamment à travers le volet soutien à l’emploi et à la création d’entreprises. L’action du quotidien vise à attirer de nouveaux commerces et de nouvelles entreprises sur le territoire de la commune, bien que la crise sanitaire que nous traversons actuellement constitue un obstacle majeur. Le rôle de l’élu n’est pas de créer lui-même de l’emploi, mais de constituer un écosystème local favorable à cette création d’emplois. C’est ce à quoi je m’attelle, désormais, au quotidien.

14 novembre 2020