Audio - Discours - Editoriaux - Entretiens - Politique - Santé - 25 octobre 2017

“Les LR n’ont plus de ligne car ils n’ont plus d’explication du monde à donner”

Mardi soir, le Bureau politique des LR était rassemblé pour prononcer l’exclusion d’Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Thierry Solère, Sébastien Lecornu et Franck Riester.

À cette occasion, Nicolas Dhuicq, maire de Brienne-le-Château, député de l’Aube de 2007 à 2017, réagit au micro de Boulevard Voltaire. Au-delà de cette nouvelle qu’il considère comme superficielle, il pose la question principale qui est, selon lui : quel discours, quelle réalité les droites, et notamment les LR, veulent porter ?

Nicolas Dhuicq, le Bureau politique des Républicains a prononcé aujourd’hui l’exclusion de cinq de ses membres. On voit là une volonté des Républicains de se démarquer de la majorité. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Je pense que c’est une nouvelle relativement superficielle. La question principale reste celle de savoir quel discours et quelle vision de la réalité les droites françaises veulent porter. C’est en particulier le cas pour ce grand parti politique qui fut un parti de gouvernement. Cela dépasse la question des personnes.

Cet ancien parti de gouvernement que fut l’UMP semble aujourd’hui très divisé. On se demande comment il en est arrivé aujourd’hui à compter ses membres.

À mon humble avis, c’est très simple.
Tout d’abord, la vision qui imprègne les élus depuis des années, quel que soit leur bord politique, est celle dans laquelle le politique serait secondaire par rapport à l’économie. C’est oublier que chaque pays a des règles et des acteurs économiques propres qui, depuis des siècles, ont été façonnés par le politique.
Ensuite, les élus d’aujourd’hui ont une grande difficulté, étant donné leur mode de sélection électorale, à porter des discours holistiques, c’est-à-dire qui voient l’ensemble du paysage, qui essayent de décrire un système complexe pour porter une vision globale. Plus personne n’essaye de porter un discours avec une vision et une explication du monde.

Dans quel créneau le parti Les Républicains va-t-il se positionner ?

Je crois qu’ils n’ont plus de ligne parce qu’ils n’ont plus d’explication du monde et ils n’ont plus de discours à porter à nos compatriotes. De ce fait, les discours sont extrêmement confus et gênés sur des points de détail qui concernent les questions de fiscalité qui ont été abordées dernièrement ou les questions de financement de la sécurité ou de la santé, par exemple, ou bien les questions tout aussi régaliennes qui concernent la défense et la politique étrangère. Il n’y a plus de discours, plus de vision du monde.

Pensez-vous que du nouveau chef va surgir plus de clarté et que la machine peut être relancée ?

Deux questions se posent.
Il faut, tout d’abord, faire attention de ne pas confondre les militants et la population générale. Les militants sont toujours une population limitée et une population attirée par les discours plus clairs en apparence. Ils vont donc soutenir Laurent Wauquier. Ce n’est pas pour autant que la population générale va adhérer à ce type de discours, car elle garde aussi en mémoire qu’à plusieurs reprises, nous avons eu des personnes à la tête de mouvements politiques qui fixaient un cap pendant une campagne électorale et qui ne l’appliquaient pas une fois élues.

Ensuite, la politique a été irrémédiablement changée avec l’élection d’Emmanuel Macron. Les gens demandent à pouvoir échanger plus, participer plus et, dans le même temps, demandent une vision du monde. Je ne vois pas d’explication du monde, je ne vois pas de discours complet porté par Laurent Wauquier.

Je ferai une dernière remarque plus pratique. Laurent Wauquier risque d’être élu par les militants mais, une fois élu, du fait de ses ambitions présidentielles et de questions financières internes au parti, il sera contraint, une fois de plus, de maintenir dans l’appareil les gens qui n’ont pas son discours. Je crois donc qu’une fois de plus, les militants vont être trompés.

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