Editoriaux - Histoire - Religion - 8 avril 2018

Lorsque le prince héritier d’Arabie saoudite évoque les califats de l’ombre…

Le prince Mohammed ben Salmane, dit MbS, prince héritier d’Arabie saoudite, qui semble vouloir bouleverser un certain nombre de traditions saoudiennes, vient de donner une interview à Jeffrey Goldberg, directeur du magazine The Atlantic.

Alors qu’il était aux États-Unis, Mohammed ben Salmane a accepté de recevoir l’impertinent journaliste qui n’a pas hésité à lui poser les questions pertinentes. Questions dont certaines réponses devraient faire réfléchir les dirigeants européens, et notamment ceux qui ont pris les destinées de la France.

À la question de savoir quel rôle l’islam peut jouer dans le monde actuel, le jeune prince répond : “L’islam est une religion de paix.” Le Saoudien ne pouvait pas dire autre chose, même si la vraie traduction d’islam est “soumission”. Il poursuit : “L’islam, depuis 1.400 ans, essaye de transmettre la foi en Allah, ce que l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord ont refusé alors qu’en Indonésie, Malaisie et en Inde, cela fut autorisé avec le mot d’ordre qui fut : chacun peut croire en ce qu’il veut. L’islam s’est donc répandu pacifiquement.” Le prince est sans doute meilleur en finance qu’en Histoire, car il semble ignorer les pays soumis à l’islam par le fer avec son cortège de morts qu’on ne comptabilise pas.

Le prince poursuit en déclarant que la menace du “triangle du mal” met le monde en danger. Et Mohammed ben Salmane de nous expliquer que ce triangle est composé du régime iranien à l’idéologie extrémiste qu’il veut imposer au monde entier. Des Frères musulmans : “Une autre organisation extrémiste. Ils veulent se servir de la démocratie pour gouverner et créer, partout, des califats de l’ombre pour fonder un vrai empire musulman.” Le troisième côté de ce triangle infernal est composé par les mouvements terroristes comme Al-Qaïda, l’État islamique, qui “veulent s’imposer par la force”, nous dit le prince. Et d’ajouter : “N’oubliez pas que les leaders de ces terroristes étaient tous des Frères musulmans. Cela est très clair.”

Le futur roi va alors contredire son interlocuteur qui lui démontre pourtant que le wahhabisme, dont est issue la famille royale depuis des siècles, est l’idéologie mortifère des Frères musulmans. Mohammed ben Salmane revient alors sur le pouvoir iranien dont le chef suprême est pire que Hitler. “Hitler paraît bon”, va-t-il même préciser… et d’expliquer que “Hitler ne voulait conquérir que l’Europe, alors que le chef suprême veut conquérir le monde. Dans les années 20 et 30, Hitler n’était pas perçu comme un danger jusqu’à ce qu’il le soit. Nous ne voulons pas que cela arrive au Moyen-Orient. Nous n’avons aucun problème avec les chiites nombreux à vivre en Arabie saoudite, mais nous avons un gros problème avec l’idéologie du régime iranien.” Le régime des mollah pire que Hitler donc. Question de point de vue.

Sur Israël, Mohammed ben Salmane ira jusqu’à affirmer n’avoir aucune objection quant à l’existence de cet État et que l’antisémitisme est inexistant en Arabie saoudite. “Notre prophète n’a-t-il pas épousé une femme juive ?” Les mauvaises langues diront que la communauté juive est aujourd’hui quasi inexistante dans le royaume des Saoud…

On l’aura compris, si Mohammed ben Salmane a des progrès à faire en Histoire, il s’affirme en tout cas comme un parfait VRP de son pays qui, comme chacun sait, n’a jamais soutenu aucune organisation terroriste. Que le représentant d’un régime qui n’a rien de démocratique – c’est le moins que l’on puisse dire ! – dénonce le danger représenté par ces organisations islamistes qui “veulent se servir de la démocratie” pour créer des “califats de l’ombre” peut prêter à sourire, certes. Mais cela devrait aussi faire réfléchir nos gouvernants car ce côté du “triangle du mal”, selon l’expression du prince saoudien, trace sa ligne à travers la France. La France où Mohammed ben Salmane est arrivé ce dimanche. Il en dira peut-être un mot à Emmanuel Macron…

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