[LIVRE] Nahel : d’une vidéo tronquée à l’emballement, les rouages d’un mensonge

William Molinié revient heure par heure sur l’enchaînement des faits du 27 juin 2023.
DERNIER RECOURS

« J’ai compris que je ne serais pas protégé par la Justice. J’ai compris, maintenant, que cet inconfort juridique fait partie intégrante du métier. Ce n’était pas le cas avant. […] On est face à un renoncement général des policiers sur la voie publique. » Au terme d’une longue et précise enquête restituée dans son livre Derniers Recours - Enquête sur l’affaire Nahel (Mareuil Éditions), William Molinié, journaliste d’investigation à Europe 1, rencontre Julien*, le collègue de Florian qui, le 27 juin 2023, a ouvert le feu sur Nahel. Plusieurs mois après les faits, Julien confie en exclusivité son « dégoût » d’avoir été lâché par les politiques et la Justice face à l’emballement médiatique.

Cet emballement médiatique, qui a mené Florian derrière les barreaux pendant plusieurs mois, trouve son origine dans une vidéo tronquée de seulement 40 secondes diffusée sur Twitter. En quelques heures à peine, l’affaire embrase le pays.

Le mal est fait…

William Molinié, qui s’appuie sur des témoignages directs et des sources proches du dossier, revient heure par heure sur l’enchaînement des faits du 27 juin 2023. L’objectif : apporter un nouvel éclairage à l’affaire Nahel, un dossier où beaucoup de mensonges et d’imprécisions se sont accumulés.

« Nahel a été tué à bout portant par un policier lors d’un contrôle routier. » Depuis le 27 juin 2023, de nombreux médias affirment que Nahel aurait été tué à l’issue d’un contrôle d’identité. C’est faux, tente de rappeler le livre de William Molinié. Nahel a été tué après une course-poursuite de plus de deux minutes à vive allure dans les rues de Nanterre et un refus d’obtempérer. Tout commence aux alentours de 8h15. Florian et son collègue Julien remarquent une Mercedes jaune, immatriculée en Pologne, qui roule à vive allure. « On contrôle », lance Julien. « Commence alors une folle course-poursuite dans les rues de Nanterre. Elle va durer 2 minutes et 40 secondes, explique le journaliste. La Mercedes franchit à contresens les intersections, grille les feux rouges, manque de renverser des piétons forcés d’adapter leur comportement pour ne pas être percutés. » Bloqué à un feu de circulation, « Nahel n’obtempère pas ». « La voiture redémarre. Au même moment, Florian appuie sur la détente. »

Deux heures plus tard, une vidéo est diffusée sur Twitter. L’emballement démarre. Déjà, on crie à la bavure policière. Certains affirment entendre les policiers crier « Shoote ! » À l’Assemblée nationale, le jour même, on accuse les forces de l’ordre sur la seule base de cette vidéo tronquée : « Le tir ne semble absolument pas proportionné au délit commis », assène une élue écologiste. Des témoins déclarent ensuite que les policiers ont frappé Nahel à coups de crosse. Encore un mensonge qui sera démenti par l’autopsie… Mais trop tard : le mal est fait. La France s’embrase et Florian est mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire.

Un autre visage de Florian

Finalement, le 5 mars 2026, la cour d’appel de Versailles renvoie le policier auteur du tir devant une cour criminelle pour « violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». L’intention de tuer est écartée. Mais après des mois de mensonges, après qu’un président de la République a qualifié l’action du policier d’« inexcusable », Florian reste pour beaucoup un « meurtrier ».

Avec son livre, William Molinié nous livre un autre visage du fonctionnaire de police. Au fil de son enquête, il revient ainsi sur le parcours de cet ancien militaire, ayant servi en Afghanistan, devenu policier et dont la carrière est saluée par ses supérieurs. Un homme qui a progressivement gravi les échelons et qui, le 27 juin 2023, s’est retrouvé face à un jeune homme de 17 ans bien connu des services de police mais qui n’avait jamais été condamné. Un livre à lire pour comprendre ce qui s’est réellement passé, ce jour-là, à Nanterre.

 

* le prénom a été changé

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/06/2026 à 15:50.

Picture of Clémence de Longraye
Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

51 commentaires

  1. C’est une affaire qui en dit long sur le rapport de notre pays à l’autorité, sur l’état de notre magistrature rongée par la philosophie du SDM,sur l’immaturité de notre président de république, qui parle toujours trop et trop vite, on peut d’ailleurs ajouter des émettent des banlieues à son actif

  2. macron s’est révélé tel qu’il est dans la réalité un fieffé menteur sans aucune morale il est le chef des armées mais il ne respecte pas ces hommes et ces femmes qui nous défendent , il n’a aucune étique envers les Français et ceux qui l’ont élus devraient être honteux de ce qu’ils ont fait à notre si beau pays.

  3. Ce jeune faisait parti d’une communauté qui fait peur au plus haut degré capable du pire dans notre société qui rend cette communauté intouchable, jusqu’à détruire les forces de l’ordre.
    Le pire c’est le chef de l’état qui a donné le tempo bien avant toute enquête sérieuse, grave faute

  4. Comment le politiquement correct a délibérément dénaturé la réalité. Et honteuse réaction d’un président de la République qui accumule les sottises.

  5. Il est grand temps qu’un non lieu soit prononcé pour Florian..et que sa hiérarchie le propose pour la légion d’honneur..

    • Ray1340. Désolé de vous décevoir, mais il n’y aura ni non-lieu ni légion d’honneur pour Florian. Si vous lisez l‘article, il dit que la Cour d’appel de Versailles a décidé le 5 mars 2026 de renvoyer ce policier devant la Cour criminelle (Cour d’assises) des Hauts-de-Seine du chef de violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Cette infraction, pénalement aggravée par sa qualité de « dépositaire de l’autorité publique », l’expose à une peine de 20 ans de réclusion criminelle (7° de l’art. 222-8 code pénal). En pareilles circonstances, un particulier encourt 15 ans de réclusion criminelle, soit 5 ans de moins (art. 222-7 code pénal).
      En revanche, son collègue motard avec qui il patrouillait en binôme lors de l’homicide du jeune délinquant a bénéficié d’un non-lieu logique, car il n’a pas fait usage de son arme de service.
      Relatif soulagement tout de même pour Florian, il a évité le pire, en obtenant l’abandon par la Chambre de l’instruction de l’incrimination d’homicide volontaire pour lequel il encourait 30 ans de réclusion criminelle (art. 221-1 code pénal). La peine maximale qu’il risque dorénavant est inférieure de 10 ans à celle attachée à la qualification du crime retenu dans l’ordonnance de renvoi des juges d’instruction et le réquisitoire du parquet de Nanterre, ce qui n’est pas négligeable dans son cas.

      • Oui je sais ..mais peut on se réjouir vraiment..peut etre qu’un jury populaire aurait été plus pro flic….que des juges professionnels ..a voir..

    • Jean Messiha avait ouvert une cagnotte à laquelle j’avais immédiatement souscrit … oui ce policier a été utilisé par Macron pour acheter la paix sociale , en le condamnant publiquement alors qu’une enquête était en cours … Honte pour Macron , honneur au policier et à sa famille ..

  6. Nahel n’a eu que ce qu’il méritait. Mieux vaut lui qu’une énième victime fauchée par ces refus d’obtempérer, assassins de la route !

  7. Reste qu’une balle dans un pneu, eût été une action suffisante pour stopper un petit voyou, qui mérite bien sûr une punition, mais pas une balle en pleine tête à bout portant…

    • Une balle dans un pneu aurai pu causer beaucoup plus de dégâts collatéraux sur le public. Et encore faut-il ne pas être dans la ligne de mire du chauffard pour choisir de tirer dans un pneu. Le policier était en danger de mort.

      • Tavalette. Alors que vous n’avez pas accès au dossier d’enquête, vous affirmez gratuitement que « le policier était en danger de mort ». L’information judiciaire n’a pas établi que sa vie était menacée au moment du tir mortel. Si tel avait été le cas, Florian aurait bénéficié d’un non-lieu pour légitime défense (art. 122-5 code pénal). Le fait est que ce fonctionnaire a été renvoyé devant la cour criminelle du chef d’homicide involontaire pour lequel il encourt une peine de 20 ans de réclusion criminelle (7° de l’art. 222-8 code pénal).

    • Une balle dans 1 pneu n’arrete pas une voiture qui peut continuer et faucher un piéton ! Il a pris la bonne décision.

    • FAUX ! … La balle il ne l’a pas « pris en pleine tête à bout portant  » …
      macron sors de ce corps ! …

  8. Le commentaire de Macron est inexcusable, le minute de silence demande par l assemblée nationale est inexcusable.. de toute manière ils n’ont ( Macron et assemblée nationale) jamais présenté leurs excuses.

  9. Attitude choquante de la mère de la victime qui n’était pas vraiment prostrée, à l’inverse de toutes les mères de victimes de racailles …

  10. Trop tard, le mal est fait!
    Pour tout le monde, Florian est un assassin raciste et Nael un « ange parti trop tôt ».

    • un ange pour sa mère peut-être mais pas pour la société, cet enfant était le diable en herbe.

    • Les médias et jusqu’à la présidence (sans p majuscule) ont bien participé au lynchage. Certaines communes ne s’en sont pas encore remises, quand d’autres ont senti des ailes leur pousser. Le pays va en garder longtemps des séquelles.

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