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Il faut saluer la constance de Christophe Guilluy à se faire, une fois encore, la voix de ces grands oubliés, pourtant majoritaires en France, qu'il nomme cette fois Les Dépossédés. Exclus géographiques, écartés de l'espace économique, ignorés des médias et d'un cinéma Netflix qui ne les représente plus, méprisés par les politiques qui ne s'intéressent plus à eux, les « dépossédés » sont incessamment caricaturés, humiliés et méprisés.

Infatigable observateur de la géographie et de la sociologie de cette France des villes et des banlieues, des champs et des périphéries, Christophe Guilluy, tire, avec Les Dépossédés, un implacable bilan : en les laissant pour compte, les classes dominantes ont définitivement dépouillé les catégories populaires de leurs biens matériels. Pire encore : elles ont aussi confisqué leur immatériel.

Une justesse d'analyse qui, dès la parution de son premier ouvrage, Atlas des nouvelles fractures sociales (coécrit avec Christophe Noyé), et la révélation de Fractures françaises (Bourin Éditeur) et de La France périphérique (Flammarion), a valu à Christophe Guilluy sa mise au ban par des universitaires pour « avoir touché à la thématique identitaire », selon les mots d'Eugénie Bastié. Et ne serait-ce que parce que Libé l'a traité de « [Michel] Onfray de la géographie », on en redemande ! Car, c'est vrai, avec Christophe Guilly, on parle du réel, on ne triche pas, on ne s'interdit rien : pas même les constats ni les mises en accusation.

Cette dépossession géographique et matérielle est l'œuvre de cette gauche (celle qui a abandonné le social pour le sociétal) qui, investissant les centres-villes, en a chassé les couches populaires. Responsabilité partagée avec ces enrichis de la mondialisation qui, à la faveur des confinements et du télétravail, se sont découverts un engouement pour le littoral français, raflant l'espace au détriment des locaux, incapables désormais d'habiter « là où ils sont nés ». Comme toujours, cette même classe populaire prend les grands mouvements migratoires de plein fouet sans bénéficier pour autant du même traitement de faveur que les nouveaux arrivés. En témoigne cette constatation sans appel : « c'est encore en Île-de France que l'ascension sociale des classes populaires est la plus forte. En Seine-Saint-Denis, la mobilité sociale est supérieure à 40 % alors que, dans l'Indre ou la Creuse, elle n'atteint pas 25 %. » Énième motif de ressentiment...

Mais plus grave est cette dépossession immatérielle dont souffre la majorité à qui on a ôté jusqu'à la fierté d'appartenance à une classe. Le mépris de ceux d'en haut pour sa culture populaire et ses traditions la prive même de son aspiration naturelle à naître, vivre et mourir dans son milieu, la ringardise systématiquement, la prive d'une parole « respectable » aux yeux des médias et la condamne au silence. Jamais ces élites « écologiquement responsables, socialement irresponsables », toujours préoccupées d'empreinte carbone et de culpabilité écologique (qu'elles font toujours peser sur l'autre), ne pensent à évaluer leur propre part de responsabilité dans le « saccage social ».

Jusqu'à quand ? Les mots de Christophe Guilly frappent juste : « l'impression est étrange »« ces classes populaires pourtant reléguées économiquement et culturellement n'ont jamais autant inquiété ». Pourtant, depuis le mouvement des Gilets jaunes, elles sont silencieuses, « portées par une sociologie atypique réunissant des individus de toutes origines, de toutes conditions et de tout statut (ouvriers, employés, paysans, indépendants, salariés du privé et du public, actifs, chômeurs, jeunes, retraités) ». Elles sont puissantes, ces classes populaires, car « on ne peut acheter des gens qui ne se battent pas seulement pour leur pouvoir d'achat mais surtout pour sortir du chaos existentiel dans lequel les élites les ont plongés ».

Mais la brume se dissipe : le bloc élitaire est fragilisé par cette démondialisation en marche, l'utopie du nouveau peuple ne s'est pas réalisée. Et parce que « dans le monde réel, tout le monde a compris » qu'on ne peut se passer ainsi des ressources humaines, « le retour des gens ordinaires au centre est la seule réponse à la promesse du chaos ». Chiche ?

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18 novembre 2022

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15 commentaires

  1. Les couches moyennes de la France périphérique dont je fais partie ,qui ont constitué le gros des gilets jaunes ont acquis le sentiment qu’ils devenaient l’ennemi objectif dont il fallait se débarrasser de toutes les manières . Et les adeptes du mondialisme ne manquent pas d’imagination pour cela Ce ne sont ni les bobos mondialistes des métropoles, ni les bénéficiaires de l’assistanat social, qui contesteront ce système qui les privilégie . Les uns tirent entièrement les dividendes de la libre circulation des capitaux et des biens et ont définitivement créé le fossé des revenus avec le reste de la population et les autres issus de la libre circulation des personnes, ne revendiquent ni ne contestent sinon pour des raisons religieuses et communautaires car ils sont tributaires des politiciens démagos et clientélistes, majoritairement de gauche, par les subsides généreusement distribués. Ceci, faut ils le préciser avec les contributions ponctionnées sur l’ensemble de la société française y compris parmi les plus fragiles de nos citoyens que l’on retrouve dans cette classe dites moyenne . Dans ces conditions nous sommes les seuls qui pourraient contester ce système qui nous dépossède de notre statut social mais aussi parfois ,de notre ancrage géographique, qui, à terme, pourrait faire de nous d’éternels exilés dans notre propre pays, pour échapper au communautarisme imposé . Il y avait encore dans les années 60 70 des spécificités banlieusardes ou Parisiennes qui n’existent plus aujourd’hui, du fait des bobos qui ont chassé les couches populaires des centre-ville par l’argent et de l’immigration de masse qui a supplanté les populations présentes . Christophe Guilluy nous explique aussi que nous sommes les grands oubliés mais aussi les plus nombreux . Il faudrait en prendre conscience et choisir si nous voulons continuer à être les dindons de la farce ou reprendre les choses en main . Choses que j’appellerais démocratie qui n’auraient jamais dû nous échapper !

  2. « Jamais ces élites « écologiquement responsables, socialement irresponsables », toujours préoccupées d’empreinte carbone et de culpabilité écologique (qu’elles font toujours peser sur l’autre), ne pensent à évaluer leur propre part de responsabilité dans le « saccage social ». excellent resumé d’un constat quotidien !

  3. Chiche en effet; né et vivant en ville de plus de 150000 hab. durant 52 ans, je vis en secteur rural depuis 25 ans, entouré de « gens ordinaires », comme vous les nommez, et je mesure la différence de qualité de vie qui y règne, sans refus des progrès techniques agrémentant l’habitat, mais résolument attachés aux coutumes, sans fanatisme.
    Sans souffrir de la grande délinquance, peu concernés par l’immigration en masse, rarement en conflit politique, les gens qui m’entourent participent aux élections, et votent RN depuis deux décennies… La « majorité silencieuse » chère à De GAULLE et VGE va-telle nous surprendre?

  4. Il a bien raison de mépriser les universitaires et intellectuels de salon. On dit qu’un intellectuel c’est quelqu’un qui entre dans une bibliothèque même quand il ne pleut pas.. Je constate que j’en suis alors hélas

  5. On ne peut que soutenir ces locomotives toujours présentes malgré le matraquage médiatique. Saluons ces personnages comme Guilluy, Onfray, Bellamy, et certainement beaucoup d’autres dont la force est dans le soutien de toute une population qui se devrait réduite à l’esclavage. Obéir, se soumettre, ne s’exprimer que dans le cadre de la bien-pensance, absoudre toutes les erreurs et contradictions manifestes. Non, un vent de révolte habite beaucoup de français toujours sous confort d’un individualisme soutenu par subventions adroitement distribuées sous endettement préalable. Mais le vent forcit. La preuve en est, cette crainte montante de la dite « élite ». Dans l’instant, ça mousse, ça mousse. Le débordement est le risque.

  6. BV, vous cédez à la facilité en proposant systématiquement l’achat des ouvrages via Amazon !
    Incitez peut être aussi vos lecteurs à demander systématiquement à leur libraire (habituel ou proche) à commander pour eux. Ce que je fais systématiquement à Houlgate, librairie de la rue des Bains !

    1. Ne vous méprenez pas. AMAZON fait travailler aussi des petits fabricants, de fournisseurs locaux, y compris des libraires.

    2. Je précise n’avoir pas de sympathie particulière pour le site de Jeff Bezos, mais la représentation systématique du « Grand méchant Amazon contre le gentil libraire » est à pondérer.
      Adepte de la même position, j’ai longtemps privilégié l’achat en librairie, mais certains libraires, bien qu’au demeurant disponibles et compétents, se sont avérés à l’analyse, de petits commissaires politiques, jusqu’à m’en faire changer la perception: ne présentant que les livres jugés politiquement recommandables et vous invitant à commander ceux n’ayant pas leur aval.
      Même si c’est par motivation mercantile (et après tout pourquoi pas) Amazon met à votre disposition sans distinction, tous types de livres. Pour moi c’est essentiel. Je ne suis plus mineure depuis un certain temps… et n’apprécie pas beaucoup qu’on décide ce que je suis autorisée à lire. ou pas.

  7. Ce silence des classes populaires devraient inquiéter les dirigeants. Il n’y a pire eau que l’eau qui dort dit un proverbe.

  8. Mais ces gagnants de la mondialisation seront un jour laminés par elle; les millions d’ingénieurs en informatique et hauts diplômés en finance produits chaque année par la Chine et l’Inde et aussi par l’Europe des immigrés vont supplanter tout ce beau monde.

  9. Excellent article , criant de vérité . Mais méfiez vous de cette classe populaire qui ne va plus subir longtemps . Le jour ou cette masse se soulèvera ça finira mal .

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