Culture - Editoriaux - Livres - 25 août 2019

Livre : Drieu la Rochelle. Opinions et témoignages (Collectif)

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Sans remonter à Mathusalem, combien de la classe 2000 (cette génération qui a eu 20 ans au début du siècle) ont lu et lisent Pierre Drieu La Rochelle ? L’auteur de L’Homme à cheval, disparu il y a près de 75 ans, en dépit de son collaborationnisme intellectuel actif avec l’Occupant et de sa fidélité, jamais prise en défaut, à l’idéal de la Grande Europe socialiste, fasciste et fraternelle, semble néanmoins n’avoir jamais traîné cette sulfureuse pestilence macabre, qui accompagne habituellement les parias, ces demi-morts de la république des Lettres.

Certes, Drieu n’a pas commis les Bagatelles ni applaudi à la « divine surprise » maréchaliste, bien que son antisémitisme d’alors n’eût rien à envier à celui d’un Brasillach ou d’un Rebatet. Sans doute, son dandysme désespéré comme son idéalisme aux confins du romantisme l’auront-ils préservé, à tout le moins pour la postérité, des plus infamantes accusations du tribunal de l’opprobre…

Drieu demeure toujours, malgré tout, un « infréquentable ». L’université étudie Heidegger mais enterre son contemporain Carl Schmitt (tous deux ayant adhéré au NSDAP en 1933) sous un monceau d’ignorances déformées. L’on encense Céline pour son Voyage littérairement révolutionnaire et l’on brûle encore Brasillach, amoureux de Racine et d’un atticisme délicat…

Curieuse et glaçante époque qui distingue ses propres grains et leurs ivraies à l’aune des valeurs auto-référencées des « droits de l’homme », cette axiologie totalitaire jaillie des champs secs de la Raison. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les héritiers idéologiques des vainqueurs d’hier poursuivent la mise en jachère de pans artistiques et littéraires entiers au nom d’un antifascisme ringard mais lucratif, ô combien !

Bien sûr, des éditeurs de la place, humant avec gourmandise, le bon filon commercial ou, mieux encore, le « buzz » marketing, sortiront, qui une intégrale des œuvres, qui des « écrits inédits », le tout sentencieusement précédé d’un pontifiant appareil critique, lui-même assorti de notes qui, tout en en alourdissant la lecture, en épaississent copieusement l’ouvrage alors vendu au-delà du prix moyen. Précisions que Drieu figure en bonne place dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade !

D’autres éditeurs, bien moins âpres au gain et davantage soucieux d’un réel devoir de mémoire, offriront à leurs lecteurs des pages que leurs confrères précités auront eu soin de laisser dans l’ombre mais qui, à l’évidence, une fois exhumées, seront profitablement décortiquées par les sorbonnards susdits.

L’on doit à la maison Ars Magna de faire partie de cette deuxième catégorie d’artisans du livre. En nous proposant un Opinions et témoignages sur Drieu la Rochelle, elle jette une autre lumière sur l’auteur de Gilles. Ainsi, sont reproduits divers textes et entretiens parus dans deux revues non conformistes, l’une littéraire (La Parisienne, sous la direction de Jacques Laurent), l’autre politique (Défense de l’Occident, dirigée par Maurice Bardèche) qui, respectivement, en octobre 1955 et février 1958, consacrèrent chacune un numéro hommages à Drieu la Rochelle. Sont également reproduits trois entretiens (ceux d’André Fraigneau, Lucien Combelle et celui de Jean Drieu la Rochelle, son frère cadet) publiés dans Le Quotidien de Paris du 23 novembre 1982.

C’est tout l’intérêt de ce recueil que de s’ouvrir majoritairement à ceux qui ont connu cet homme couvert de femmes : Paul Morand, Jean Bernier, Jacques Chardonne (auteur adulé par François Mitterrand), Marcel Jouhandeau, Emmanuel Berl, Pierre Andreu, François Mauriac, Paul Sérant, Kléber Haedens… N’y manque que le témoignage d’André Malraux, son ami, qui disait : « je ne me suis jamais senti en état de supériorité envers Drieu. C’est moi qui l’admirais. Je le considère encore comme un des êtres les plus nobles que j’aie rencontrés ». C’était une autre époque. Jusqu’à ce que BHL vint…

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