Le relativisme délétère qui envahit notre société « progressiste » est l’un des signes du sens antinomique pris désormais par le mot « progrès ». Celui-ci, en dehors des découvertes scientifiques et des innovations techniques, mais pas nécessairement de leur application ou de leurs conséquences, doit être systématiquement traduit par « décadence ». Le flou et les incertitudes qui entourent désormais le respect de la vie illustrent cette inversion.

La vie des individus est toujours sacralisée dans les discours, mais il s’agit de certains individus, dans certaines circonstances tandis que la réalité multiplie en fait les atteintes à une valeur de plus en plus relative. Notre pays offre, actuellement, une série d’exemples qui montrent que la vie d’une personne ne tire sa valeur que de trois critères extérieurs : la médiatisation, l’émotion et l’idéologie. La réflexion cohérente n’y a aucune part.

Deux policiers ont fait l’objet d’une tentative d’assassinat après avoir été roués de coups parce qu’ils surveillaient un bâtiment susceptible de servir à des trafics. Dans un pays où la peine de mort a été abolie même pour les pires des salauds, il est donc devenu possible de tuer des policiers soit pour protéger une action illicite soit par fanatisme religieux, comme lors de l’assassinat d’un couple de policiers à Magnanville, le 13 juin 2016. Le système de défense des auteurs de l’agression d’Herblay va reposer sur le fait qu’ils croyaient avoir affaire à des concurrents et non à des policiers, ce qui paraît douteux, mais qui témoigne d’un curieux respect de la vie qui considère pratiquement justifiée l’exécution lors de règlements de comptes. La peine de mort a été retirée à l’État, mais elle se porte très bien dans une société parallèle qui échappe, justement, à celui-ci. Par ailleurs, la comparaison entre l’ampleur de la médiatisation des prétendues victimes de violences policières et l’oubli rapide qui suit la mort de membres des forces de l’ordre laisse pantois. Plaintes, procédures en cascade, défilés, rassemblements d’un côté, et hommage officiel suivi d’un long silence de l’autre. Et que dire de l’indifférence qui entoure les trop nombreux suicides de policiers ?

Les Français se sont réjouis de la libération de Mme Pétronin. Certes, elle n’a pas été la seule otage libérée, mais deux aspects de cette libération auraient dû conduire l’État et son chef à être plus discrets qu’ils ne l’ont déjà été, en s’abstenant notamment d’une déclaration officielle qui était attendue à l’aéroport, comme si quelque chose les gênait dans cette affaire. Le président de la République ne pouvait être absent lors de l’arrivée de l’ex-otage en France pour bénéficier de la médiatisation et de l’émotion positive qui accompagnaient ce retour, mais il lui était difficile d’en faire trop, alors que cette femme clame son allégeance à l’islam, récemment évoqué pour séparatisme, refuse de voir dans des geôliers, qui l’ont bien traitée, des djihadistes et que, par ailleurs, 200 de ces derniers ont été relâchés en échange de sa liberté. Il s’agit de ceux que les soldats français combattent au Mali, de ceux qui les tuent. Là encore, d’un côté, émotion collective, médiatisation considérable pour une détention finalement moins pénible qu’on ne le craignait, rançon pour une vie qui n’était pas menacée et, de l’autre, hommage d’un jour pour ceux dont les noms tombent vite dans l’oubli.

Médiatisation, émotion, idéologie : c’est encore ce trio infernal qui couvre l’absurdité de l’attitude de notre société par rapport à la vie à sa naissance. Dans le temps où l’on facilite la création artificielle de la vie pour réaliser des désirs que la nature ne pourrait satisfaire, on accroît la possibilité de mettre un terme à des vies, à des personnes potentielles, en permettant l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse, voire à la naissance pour « détresse psychosociale » de la mère. En France, on sacralise la vie d’un coupable mais on autorise le meurtre d’un innocent, on manifeste pour la mort d’un délinquant mais pas pour celle d’un policier, on se mobilise pour une otage qui attire les médias mais on ne célèbre guère les soldats qui luttent contre les ravisseurs. Et ce serait le progrès ?

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