Editoriaux - 27 décembre 2019

L’événement le plus important de 2019

Mais ce n'est qu'un point de vue très personnel...

Comme ça, si on vous demande : qu’est-ce qui vous a le plus marqué, en 2019 ? Si vous dites le grand débat national ou les élections européennes, on aura du mal à vous croire. Tiens, au fait, justement, on en est où, de ce grand débat ou, du moins, de ce qui devait en accoucher ? Un clou chassant l’autre, on avait bien compris que cette version remastérisée des cahiers de doléance de 1789 était un truc pour passer l’hiver sans trop d’encombres, après l’épisode compliqué des gilets jaunes.

Donc, pas le grand débat ni la fin des gilets jaunes, blackboulés par les Black Blocs dans les rues de Paris. Et puis, on n’est pas obligé de toujours se regarder le nombril et de se contenter de nos petites affaires franco-françaises. Bon, d’accord. Pas la peine, alors, d’évoquer le conflit social lié à la réforme des retraites. Non. D’autant qu’il faut peut-être en garder pour 2020… Alors, je repose la question : pour vous, quel est le fait marquant de 2019 ? La remontada de Marine Le Pen, la défaite de LREM aux élections européennes, la balkanisation des LR ou l’embastillement de Balkany ? Non plus. Greta Thunberg soufflant dans les bronches des grands de ce monde et qui s’en va en Amérique à la force du vent, Zemmour qui revient à la télé par la force des choses ? Décidément, c’est plus fort que vous, Zemmour : vous n’avez donc rien de plus franchouillard ?

D’accord. Alors, tiens, la forêt amazonienne qui part en fumée durant l’été ? Le poumon de l’humanité transformé en charbon et que, même, c’est la faute de Bolsonaro. Vous brûlez, si j’ose dire. Ah oui, j’y suis : le pape et son synode pour l’Amazonie que d’aucuns qualifient de fumeux. Et il n’y a pas de fumeux sans feu. Non plus. Mais il s’agit bien d’une forêt qui est partie en fumée. Un soir d’avril. Une forêt de chênes, millénaire. Un incendie qui, à la différence de celui de la forêt amazonienne, n’est la faute de personne. Oui, quand même, vous avez trouvé : l’incendie de Notre-Dame de Paris. Les guerres de religion, la Révolution, le siège de Paris en 1870-71, la Commune, la Grosse Bertha en 14-18, l’Occupation, Hitler qui veut transformer Paris en champ de ruines et von Choltitz qui désobéit : que de péripéties ! Et finalement, la grande dame, à chaque fois, en a réchappé. Mais ce 15 avril 2019, faut croire que le grand complot de pas de chance a réussi son coup.

Oui, mais la forêt amazonienne qui brûle, c’est autrement plus important, non ? Bah, je ne sais pas. J’ai la faiblesse de penser que les arbres repoussent mais qu’on ne reconstruira jamais les jardins suspendus de Babylone, l’abbatiale de Cluny, et que si Venise venait à disparaître sous les flots, on ne la rebâtirait pas à côté, comme on le ferait d’un parc d’attractions aquatique emporté par un raz-de-marée. J’ai aussi la faiblesse de penser qu’avec les progrès de la médecine, on doit pouvoir réparer un poumon. En revanche, je me dis qu’une âme, c’est quelque chose de fragile. Que l’orgueil peut la faire exploser comme une baudruche. C’est, en tout cas, ce qu’on a pu se dire lorsqu’un Président proclama qu’on allait reconstruire Notre-Dame « plus belle encore ». Aussi belle, en tout cas pas moins belle qu’avant, c’était bien aussi.

Incontestablement, ce 15 avril est le moment le plus fort de cette année 2019. Il s’en fallut d’ailleurs de quelques secondes, ou tout du moins de quelques minutes, pour que le vaisseau ne sombre définitivement. L’action déterminante et héroïque des militaires de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris… L’illustration tragique, finalement, que le destin d’un homme, d’un monument, d’une nation se joue parfois en quelques secondes. Le temps d’une étincelle.

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