C‘est assurément le risque quand on court après l’actualité et que tout fait divers est prétexte à légiférer dans l’urgence : on empile des lois sur des lois. On multiplie les doublons. On pond du texte au kilomètre. Tout cela pour un résultat souvent nul puisque la devise de la France, la vraie, est de créer des lois au nom des grands principes et de ne jamais les appliquer au nom des grands sentiments.

Ainsi la nouvelle loi sur les séparatismes est-elle davantage un prétexte à alimenter les émeutes hebdomadaires de Français en mal d’exercice physique qu’un nouvel arsenal législatif « confortant les principes républicains ». Tout ce qui y est abordé existe déjà et si l’on s’était avisé d’appliquer l’existant et de réprimer en conséquence, nous ne serions pas aujourd’hui dans une telle déconfiture.

Attachons-nous ici particulièrement au volet de la « dignité humaine », comme dit pudiquement le législateur. Encore une métaphore fumeuse pour tourner autour du pot. Concrètement, il s’agit de s’attaquer aux mariages forcés, à la et à la distribution de certificats de virginité. On aurait pu ajouter l’interdiction des mutilations sexuelles, excision et autres fantaisies coutumières qui ne sont, d’ailleurs, ni plus ni moins permises que le reste. Cela pour redire que tout est déjà interdit dans la loi, mais toléré dans les faits au nom du respect des différences et de la diversité culturelle.

C’est notre vénéré ministre délégué à la Citoyenneté, Mme Marlène Schiappa, qui a présenté les (pseudo)-nouvelles mesures. Ainsi, le gouvernement entend faire respecter « la dignité humaine » en légiférant sur le mariage forcé, la ou encore la délivrance de certificats de virginité car, explique-t-elle, « le respect de la dignité humaine, le respect de l’égalité entre les hommes et les femmes fait partie des valeurs de la République, des valeurs républicaines ».

En premier, donc, l’interdiction des certificats de virginité : « Il ne sera plus possible d’établir des certificats médicaux sans lien avec la santé de la patiente. » On connaît l’argument : on en fera malgré tout, car c’est sa santé psychique qui est en jeu, et qu’est-ce qu’un bout de papier en face d’un risque de lapidation si l’hymen n’est pas au rendez-vous nuptial ? Comme le disait Ghada Hatem, la médecin-chef de la Maison des femmes de Saint-Denis, à LCI : « Oui, je fournis parfois un certificat à une jeune femme que je n’examine même pas. Si elle a besoin d’un papier disant qu’elle est vierge pour lui sauver la vie, pour qu’on arrête de l’emmerder, je le fais. » Qui lui appliquera un an de prison et 15.000 euros d’amende ? Personne, assurément.

Nouveau dada : la polygamie. On rappellera ici qu’elle est déjà interdite, pourquoi, alors, revenir là-dessus ? Eh bien, parce qu’on la tolère, et non seulement on la tolère, mais on l’encourage dans la mesure où les épouses « surnuméraires » sont déclarées comme mères célibataires et prises en charge, à ce titre, par la CAF et autres organismes sociaux.

La nouveauté : « Nous ne donnerons pas de titre de séjour à des personnes qui sont polygames, et si la situation de la est découverte lors d’un contrôle une fois que la personne est déjà avec un titre de séjour, ce titre de séjour lui sera retiré », a affirmé Marlène Schiappa. Vous y croyez ? Pas moi.

La chose fait néanmoins scandale auprès de certains, tel le député du Val-d’Oise Aurélien Taché qui déclarait, l’autre jour, sur CNews, trouver « assez étonnant que l’État se mêle de ce de choses ». C’est, à l’entendre, une intolérable atteinte aux libertés fondamentales. Le ministre a donc cru nécessaire de préciser les choses. Invitée ce dimanche sur Radio J, elle a déclaré, avec cette élégance qui lui est propre : « Je veux rassurer tout le monde, on ne va pas interdire les plans à trois, l’infidélité, le polyamour, les trouples… »

Quelle délicatesse…

14 décembre 2020

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