Editoriaux - Politique - 22 mai 2019

Les postures d’Emmanuel Macron seront-elles payantes le 26 mai ?

On comprend chaque jour davantage que le président de la République est un acteur, et non plus un arbitre, dans cette campagne pour les élections européennes – selon lui décisives – du 26 mai. Il affiche sa volonté de l’être, considérant la cause pour « son Europe » comme capitale et seule acceptable pour la France. Déplorant une tournure plébiscitaire que, pourtant, il a lui-même favorisée.

Avec cette double conséquence perverse.

Il ne cesse de donner un lustre sombre au RN qu’il a installé comme son adversaire exclusif. Étrange paradoxe que de pourfendre un grave danger pour l’Europe en mettant délibérément en lumière l’ennemi qui en serait le responsable. À des fins dangereusement partisanes consistant à entraver la montée d’une droite républicaine vivifiée par François-Xavier Bellamy.

Si sa liste est défaite, il demeurera. D’où le discrédit politique et démocratique suivant à peine sa sortie de la nasse des gilets jaunes.

Il me semble que le président de la République s’est engagé dans ce combat avec le même sentiment de supériorité qui l’a animé au début de cet interminable conflit. L’exaltation de l’Europe d’aujourd’hui, même améliorée, et le mépris des populismes me paraissent représenter une sorte de moralité et de condescendance de luxe, une attitude que les Français ne supportent plus, comme d’ailleurs d’autres pays européens.

Il n’est pas nécessaire d’être favorable à ces populismes – après tout, le réveil de peuples longtemps jetés dans les poubelles de l’Histoire et de la modernité – pour estimer qu’Emmanuel Macron adopte à leur égard le pire comportement qui soit. La lucidité peut à la fois leur dénier toute faculté de métamorphoser les pratiques européennes et juger que leur populisme ne vient pas de rien et que leur irruption pourrait non pas dégrader mais stimuler les instances européennes.

Le président de la République a convié à déjeuner, le 21 mai, à l’Élysée, un certain nombre de grands intellectuels et écrivains européens – dont, évidemment, Bernard-Henri Lévy. Je suis persuadé que ce groupe trouvera matière à se féliciter de ce que ses membres pensent ensemble et à jeter, sur ceux que leur quotidienneté rude et modeste détourne du rêve européen et de l’Europe qui n’est plus un rêve, un regard à la fois apitoyé et fier de son humanisme clivant plus qu’il n’unit.

Emmanuel Macron est peut-être un mauvais acteur et sa vision irénique de l’Europe alliée à sa détestation d’univers qui lui paraissent trop vulgaires, d’un réalisme trop grossier pour mériter sa compréhension, risquera d’être totalement contre-productive le 26 mai.

D’autant plus qu’il y aurait des causes plus fondamentales à soutenir pour son intelligence et sa sensibilité. On aurait pu croire que le désintérêt massif à l’égard de la politique relevait d’une indifférence à l’égard de son offre classique, orthodoxe, et que le régime démocratique, aussi impuissant qu’il soit ici ou là, était toujours validé dans son principe.

Or, une étude auprès de 36.395 Européens montre que la démocratie est menacée et que les jeunes sont les plus sceptiques, n’hésitant pas à plébisciter des régimes plus autoritaires.

Ce qui est confirmé par Dominique Reynié et sa Fondation pour l’innovation politique ayant tiré d’une consultation approfondie que « les jeunes générations éprouvent de la défiance à l’égard des institutions et qu’elles prennent leurs distances par rapport aux valeurs de la démocratie ».

Pour résumer, la démocratie dans sa pureté est donc une denrée périssable, une matière qui va s’user si on s’en sert mal. On pourrait donc aller jusqu’à soutenir que le populisme n’est pas une cause mais une conséquence. Parce que la démocratie a montré ses limites face aux enjeux cruciaux d’aujourd’hui, le sentiment populaire s’en méfie et s’en écarte.

Il me semble que cette inquiétude justifierait, de la part du président de la République, moins d’arrogante autarcie, de certitudes persuadées de leur légitimité, mais plus d’empathie européenne pour tous, de considération de tous les peuples et même de certains de leurs dirigeants qui n’ont eu que le tort d’être élus et réélus.

Le 26 mai, on saura sans équivoque si Emmanuel Macron a été un bon ou un mauvais acteur, mais les sifflets éventuels ne lui feront pas quitter la scène.

Qu’en aurait pensé le général de Gaulle ?

Extrait de : Justice au Singulier

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