Editoriaux - Société - 1 juin 2019

Les Femen font la cour au Palais-Royal

Elles avaient disparu depuis quelque temps. Elles s’étaient faites silencieuses. Elles s’étaient calmées un instant, le temps de quelques mois. Effet de surprise ou pas, elles ont resurgi hier avec – étonnamment – une tranquillité saisissante et un message portant à réflexion.

Jeudi 30 mai, la cour du Palais-Royal fut prise d’assaut par ce groupe féministe d’origine ukrainiens dont la réputation n’est plus à faire. Soixante militantes arrivèrent dans ce lieu historique avec leurs tenues traditionnelles et so chic, c’est-à-dire le torse nu et, pour la plupart, des couronnes de fleurs, symboles de la féminité et de la fierté d’insoumission. Leurs revendications furent louables – contrairement aux anciennes, nauséabondes et vides de sens -, étant donné que ces femmes rendirent hommages aux soixante femmes assassinées, depuis janvier 2019, sous les coups de leur conjoint. Comme à leur habitude, leur torse fit usage de toile de peinture. Un torse qui, au gré des actions, change de couleur, de messages. Hier, en l’occurrence, les noms des soixante femmes assassinées furent inscrits.

La communication de ce mouvement est maîtrisée. La scène aurait pu être écrite par les plus grands scénaristes. Les Femen arrivèrent calmement, montèrent sur des piliers et se turent (et ça fit du bien !) quelques instants. Une sorte de cérémonie religieuse, d’ultime hommage aux victimes. Après le calme, la tempête. Les féministes effarouchées, après s’être posées, crièrent « Aux femmes assassinées, la patrie indifférente » ou encore « Stop féminicide », le tout avec des fumigènes rose bonbon. Dix minutes de mobilisation, dix minutes de parution dans les médias. Elles gagnèrent.

Inna Shevchenko, le chef de file, dit « créer un Panthéon à ciel ouvert pour leur rendre hommage » et parla d’une « indifférence du gouvernement ». Même si, en soi, les revendications d’hier furent bonnes (qui n’est pas sensible aux violences conjugales ?) les Femen doivent nous déranger. Leurs moyens d’action sont illégaux (troubles à l’ordre public) et sont critiquables à bien des égards. Adepte d’un féminisme radical appelé « sextrémisme », ce mouvement antireligieux prône des inepties et une société nocive. L’incohérence définit à elle seule ce mouvement qui revendique le slogan « Mon corps est mon arme » mais qui milite pour l’avortement et se tait sur le port du voile, qu’il soit intégral ou non.

Il n’est pas question d’oublier les victimes de violences conjugales ; il s’agit de rappeler la finalité de ce mouvement qui se dit féministe mais qui demeure aux antipodes de la vraie féminité. Ne tombons pas dans le panneau des Femen. Ne renions point la féminité existentielle au profit d’une féminité essentiellement vaine et funeste.

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