Un discours solennel de plus. Pour fêter les 150 ans de la proclamation de la République.

À force, on pourrait être lassé d’entendre annoncées tant d’interventions marquantes du président de la République et d’être forcément déçu par leur substance.

Mais celle du Panthéon, le 4 septembre, a rappelé « les valeurs fondamentales de la République […] ce que c’est de devenir Français […] et passé en revue l’ensemble des maux qui agitent le pays aujourd’hui et donc menacent la République ».

Thèmes en or pour un Président cultivé – la République, sujet noble s’il en est – et doué pour les constats qui ont ce grand avantage et l’extrême faiblesse, grâce à la magie du verbe, de n’être pas obligatoirement validés par la puissance de l’action.

Il s’en serait tenu à des préoccupations seulement sécuritaires et séparatistes qu’il aurait pu être blâmé par une opposition de gauche, mais il a complété son discours avec l’égalité des chances qui constitue le sujet le plus consensuel qui soit et, de surcroît, sans aucun risque : qui aurait le front d’émettre la moindre critique sur les considérations qui traitent de cette humaine et démocratique exigence ?

Qu’on ne pense pas que je mette de la dérision là où il faudrait de la gravité parce que, justement, cette dernière, je l’ai trouvée infiniment et lucidement présente dans le passage suivant qu’on me pardonnera de citer intégralement.

« Il n’y aura jamais de place en France pour ceux qui, au nom d’un Dieu, parfois avec l’aide d’une puissance étrangère, entendent imposer la loi d’un groupe […] Les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme, jouent un rôle déterminant et […] ceux qui s’en prennent à eux doivent être lourdement condamnés. Ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre, aux élus ne passeront pas. »

Sur cet extrait, je focalise mon attention.

D’abord, parce qu’il est remarquable dans la dénonciation et la volonté de répression.

Parce que, par ailleurs, je le trouve subtilement mais clairement en contradiction avec l’euphémisation récente qu’il a souhaitée en préférant au terme d’« ensauvagement » celui de « banalisation de la violence que rien ne légitime » (mon billet du 30 août) alors qu’il me semble, sans forcer le trait, que c’est au cœur du séparatisme qu’il pourfend qu’une grande part de l’ensauvagement a pris sa source.

Parce que, s’il était sincère et cohérent, il ne laisserait pas le caractère univoque de la condamnation qu’il prononce être au moins troublé par les dissensions équivoques de deux ministres capitaux pour la sécurité et la justice.

Parce qu’on ne peut pas appeler à des « condamnations lourdes » quand sa propre conception du régalien vous éloigne de l’autorité et de la fermeté consubstantielles à ce concept qui, certes volontiers qualifié de républicain, n’en est pas pour autant voué à une fatale mollesse.

Parce que j’ai trop dit tout cela au sujet de notre Président et que m’importe plutôt ce qu’il laisse entendre du lien entre l’opprobre du séparatisme et la sanction judiciaire.

Pas un instant je n’accuse , évoquant de « lourdes condamnations », de prétendre peser sur le cours de la Justice, mais je veux montrer surtout que, de la part de cette dernière, rien n’est sûr ni ne sera forcément maximal dans la répression politiquement désirée. On fait croire trop souvent aux citoyens que « aussitôt dit aussitôt fait » alors qu’on est loin de l’exigence à sa réalisation.

Parce que la Justice pénale n’en fait qu’à sa tête et que, sans être globalement laxiste – chaque citoyen choisit, si j’ose dire, son laxisme -, même en étant consciente à la fois de ses obligations juridiques et sociales, elle est confrontée à un phénomène rarement mis en lumière.

L’augmentation indéniable des délits graves, des actes de violence et, pire, aujourd’hui de la violence se prenant pour seule fin met le magistrat, à cause du principe de l’individualisation des peines, en situation presque inextricable dans notre système actuel. Respecter ce principe, malgré l’afflux des transgressions souvent gravement similaires qui sollicitent les juges, incite ceux-ci à exagérer les nuances, à répugner massivement à des sanctions fortes, à craindre d’être perçus pour des « distributeurs automatiques », ce qui donne à la société, face à cette inévitable diversité, l’impression que, pour des actes infiniment condamnables, il y a parfois des atténuations, des faiblesses, une indulgence, une hiérarchie discutable baptisées trop vite laxisme.

Cette dérive quasi obligatoire, peu ou prou technique, sauf à proférer l’absurdité de Jordan Bardella pour qui toute la magistrature serait gangrenée par l’extrême gauche, m’a toujours incité à défendre l’instauration des peines plancher (dans leur esprit initial) et à réclamer leur retour (dans leur version originale) parce que, sans la détruire, elles faisaient passer l’individualisation au second plan au bénéfice d’une répression plus objective fondée sur l’entêtement dans le processus délictuel et/ou criminel.

La liberté des magistrats y perdrait mais le président de la République serait davantage écouté. D’autant plus qu’il nous autorise « séparatisme » et qu’il serait dommage de ne pas le prendre aux mots.

Extrait de : Justice au Singulier

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