Editoriaux - Politique - Religion - Société - Table - 18 mars 2018

L’Église est-elle un lobby dont il faut se méfier ?

Ceux qui confondent la laïcité avec le laïcisme sont prompts à s’émouvoir quand l’Église catholique prend publiquement position sur des questions sociétales, comme le mariage pour tous, la PMA ou la GPA, voire l’avortement. On ne peut dire, pourtant, que nos évêques, à part quelques personnalités qui sont montrées du doigt, soient très ardents à défendre la doctrine traditionnelle en la matière.

Ils ne protestent guère, en revanche, quand la Conférence des évêques intervient dans une campagne présidentielle : directement, comme en 2002, où la grande majorité mit en garde les électeurs contre les thèses soutenues par Jean-Marie Le Pen ; avec une souplesse toute jésuitique, comme en 2017 – ce qu’on ne manqua pas de leur reprocher, bien que des prélats, à titre individuel, se fussent vertement opposés au “parti du rejet”.

L’examen, au Sénat, du projet de loi “pour un État au service d’une société de confiance”, qui doit être voté le 20 mars, suscite l’émoi des laïcistes. Un article du texte présenté par le gouvernement d’Édouard Philippe prévoit d’abroger une loi Sapin de 2013 qui inscrit les associations religieuses au registre des lobbies. Selon Public Sénat, qui a levé le lièvre, “le gouvernement invoque la nécessité d’instaurer un climat de confiance dans les relations entre les pouvoirs publics et les représentants des cultes”.

Si la loi Sapin était contestable, apparentant l’Église aux marchands de tabac ou d’alcool (sans doute Michel Sapin, qui connaissait Marx, considérait-il que « la religion, c’est l’opium du peuple »), il n’est pas exclu qu’il y ait, dans les intentions du gouvernement, quelque chose de pas catholique. Ne voudrait-il pas s’attirer les bonnes grâces des diverses confessions ? Ça peut toujours servir pour faire passer la potion amère de sa politique.

Position qui a un autre avantage, que nos laïcistes se gardent bien de souligner : toutes les religions sont ainsi mises sur le même plan, l’Église catholique ravalée au rang de quelque superstition dont les esprits éclairés sauront bien se garder. Plus question, non plus, de prétendre que ce n’est pas aujourd’hui la religion catholique qui pose un problème à la République, ni le judaïsme, mais une certaine conception de l’islam. Encore moins question de rappeler que la France a des racines chrétiennes ou, horribile dictu, qu’elle est « la fille aînée de l’Église ».

On ne voit pas pourquoi les religions n’exprimeraient pas leur pensée, tant qu’elles ne veulent pas l’imposer par la force. Loin de défendre des intérêts particuliers, elles sont capables de rechercher le bien commun, ou d’indiquer des pistes, surtout quand elles s’inscrivent dans une tradition millénaire. Nos politiques, s’ils s’étaient inspirés davantage de la doctrine sociale de l’Église, toute la face de la Terre aurait peut-être changé.

Nul, qu’il soit parlementaire ou simple particulier, n’est obligé de la suivre, mais cela n’a jamais fait de mal à personne d’enrichir son opinion par la confrontation d’idées.

Là où le bât blesse, c’est que nos laïcistes refusent la parole aux confessions, notamment – il faut le constater – aux catholiques, qui sont leur bête noire, sauf s’il s’agit de prendre des positions politiques, voire partisanes. Dans ce domaine, ils sont demandeurs jusqu’à plus soif, à condition, toutefois, qu’on ne s’écarte pas de la pensée unique qu’ils estiment être le summum de la libre-pensée.

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