Ce qu’il y a de bien, avec les médias de grand chemin, c’est qu’ils sont très prévisibles. Un exemple ? La Biélorussie et le Monténégro.

Dans le premier de ces pays règne un affreux autocrate, Alexandre Loukachenko, constamment réélu depuis 1994 et, aujourd’hui, contesté dans la rue après la dernière élection présidentielle. On sait évidemment de quel côté penchent nos journalistes : celui de la démocratie, du progrès et de l’ouverture. Inutile de préciser qu’Alexandre Loukachenko, qui regarde plus volontiers du côté du Kremlin que de la Maison-Blanche, n’incarne pas exactement le camp du bien.

Dans le second, un autocrate affreux, le président monténégrin , ancien communiste passé au thatchérisme et à la longévité encore plus impressionnante que celle de Loukachenko – Premier ministre de 1991 à 1998 et président depuis –, vient lui aussi d’être mis en difficulté à l’occasion du scrutin législatif du 30 août dernier.

Avec 35,2 % des suffrages pour son mouvement, le DPS (Parti démocratique des socialistes), Đukanović ne devrait pas être en mesure de former le prochain gouvernement. Surtout si les deux listes d’opposition, Pour le futur du Monténégro (32,5 %) et La paix est notre nation (12,5 %) parviennent à s’entendre, sachant que ces deux coalitions rassemblent des partis de droite et de gauche.

Aussitôt, Le Monde sonne la charge au lendemain des élections. Ainsi, le front anti-Đukanović mené par Zdravko Krivokapić s’étendrait de « formations serbes d’extrême droite à un camp d’inspiration civique et libérale ». Cette union trans-courants qui « veut que le Monténégro, contrairement à l’orientation pro-occidentale de Milo Đukanović, établisse des liens plus étroits avec la Serbie et la Russie », n’est donc pas composée de gens fréquentables, à en croire le quotidien vespéral, arbitre des élégances démocratiques.

Il est vrai que, fréquentable, le président en titre l’est déjà nettement plus, tel que rappelé par le journaliste Slobodan Despot sur le site de la revue Éléments : « En 2015, il a été distingué comme l’homme le plus corrompu de l’année par l’OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project). » « La mafia ne dirigera plus le Monténégro », a même déclaré Dritan Abazović, du parti libéral Noir sur blanc. Pourquoi une telle discrétion ? Parce qu’il est « solidement arrimé au bloc occidental et n’a pas hésité à faire entrer son pays dans l’OTAN, sans consultation populaire, malgré la désapprobation d’une large part de la population », explique Slobodan Despot.

Mieux encore, Milo Đukanović est l’un des premiers à reconnaître l’indépendance du Kosovo, berceau historique de la Serbie. En décembre 2019, il fait ensuite adopter une loi permettant de confisquer tous les biens de l’Église orthodoxe serbe. Ce qui n’est pas tout à fait opportun, 30 % des Monténégrins revendiquant leur part d’identité serbe.

D’où des manifestations massives rassemblant jusqu’à 100.000 personnes ; ce qui n’est pas négligeable dans un pays comptant seulement 620.000 habitants, mais qui n’ont manifestement pas attiré l’attention de nos médias pourtant prompts à se mobiliser pour le premier happening de rue rassemblant une poignée de féministes au bord de la crise de nerfs.

Et le colonel Jacques Hogard, spécialiste des Balkans, interrogé par Sputnik, de résumer : « C’est méconnaître l’histoire, la culture et l’identité du peuple monténégrin, que d’avoir voulu s’attaquer à l’Église serbe orthodoxe en la spoliant de tous ses biens […] Ils se sont sentis tout d’un coup menacés dans leur identité à un point tel que ça a déclenché ce mouvement populaire. »

Le hic médiatique, c’est qu’il y a les bons et les mauvais autocrates, les bons et les mauvais « mouvements populaires ».

À lire aussi

La dernière de Xavier Bertrand pour lutter contre la barbarie islamiste : un référendum sur la laïcité !

En face, ils doivent en trembler d’avance. …