Editoriaux - People - 15 juillet 2019

Légion d’honneur pour Jean-Paul Belmondo et Claudia Cardinale : vive l’amitié franco-italienne !

Certes, à chaque 14 juillet, il y a rafle de rosettes. Parmi les bénéficiaires : ceux dont la vox populi estime qu’ils méritent le fameux petit bouton rouge, et d’autres nettement moins. Pour lever un vieux malentendu, et à rebours de ce que peut croire la même vox populi, la Légion d’honneur ne couronne pas que les faits militaires, mais également ceux du rayonnement français, culturel le plus souvent.

Pesé à ce trébuchet, le millésime 2019 ne présente finalement rien d’incongru, lorsque distinguant le très cabossé Jean-Paul Belmondo et la toujours virginale Claudia Cardinale ; ils cumulent pas loin de deux siècles à eux seuls. Ce n’est pas rien. Tous deux sont donc élevés à la dignité de grand officier dans notre premier ordre national. Ce n’est pas rien non plus. Les mauvais coucheurs objecteront encore que l’un est Français, et l’autre pas. Voilà qui est très nigaud, puisque depuis belle lurette, si tout patriote digne de ce nom ne saurait prendre d’autre dame que la France pour épouse, sa maîtresse, immanquablement, sera toujours un peu italienne.

Contrairement à de persistantes rumeurs, notre Bebel national a tenu à préciser, à l’occasion d’un entretien récemment accordé à Madame Figaro, qu’entre lui et Claudia Cardinale, rien ne s’était passé de charnel. Soit l’occasion de remettre les pendules à l’heure, tout en admettant une liaison de sept ans avec cet assez joli coucou suisse qu’était, alors, la sculpturale Ursula Andress, sa « tigresse suissesse ».

C’est dans Cartouche, de Philippe de Broca, en 1962, que Jean-Paul Belmondo et Claudia Cardinale fêtent leurs épousailles, seulement conclues sur pellicule, avec de seuls projecteurs pour témoins. Il y incarne le bandit qu’on sait, dans sa « pure aura animale, étalon rétif aux flancs creux, nez bien cabossé, œil d’ombrage velouté, athlétiquement dolent, hanche fine et carrure de boxeur dandy », pour reprendre la jolie description de Bayon dans Libération, en 2009, à l’occasion de la ressortie, sur grand écran, de ce petit chef-d’œuvre d’anarchisme tricolore.

Certes, comparaison n’étant pas raison, on notera que, si Alain Delon occupe une place particulière dans notre panthéon du septième art, il n’est jamais qu’homme à beauté aussi lointaine que glaciale et animale, à laquelle tout mâle normalement constitué peut rêver, Jean-Paul Belmondo en incarne un peu le contraire. C’est le copain qu’on aimerait avoir, celui auquel on aimerait ressembler. Delon est inaccessible, alors que Bebel est un être si proche, si humain, trop humain. Bref, il est un peu des nôtres, surtout ayant bu le coup comme les autres.

Claudia Cardinale, elle, nonobstant ses origines transalpines, éveille encore quelque chose d’éminemment profond dans la société française. Une sorte de féminisme à l’ancienne, à la Bardot ou à la Deneuve ; un féminisme libéré et libérateur, qui évita toujours de s’enfermer dans la prison mentale de son actuel avatar.

Dans Les Professionnels, tourné en 1966 par Richard Brooks, elle explose les codes du genre westernien, face à Burt Lancaster, Lee Marvin et autres brutes à fort taux de testostérone, dans le rôle d’une femme rebelle préférant faire la révolution avec son amour de jeunesse, Jack Palance, plutôt que de s’adonner à la broderie en compagnie de son barbon d’époux. Deux ans plus tard, c’est Il était une fois dans l’Ouest, acmé de la carrière de Sergio Leone, réputé pour être farouche misogyne, elle survole ce western crépusculaires (échec public et critique aux USA, mais triomphe en nos contrées) alors qu’elle n’y joue qu’une ancienne prostituée, mais parvenant à dévorer l’espace de son regard solaire, face à trois mâles de l’espèce pithécanthrope : Jason Robards, Henry Fonda et – surtout – Charles Bronson, excusez du peu.

Ainsi, la reconnaissance tardive de ces deux monstres du cinéma résonne-t-elle en écho de la dinguerie ambiante. Le premier fut l’un des premiers à mettre fin à la tyrannie des beaux gosses ; la seconde à celle de ces femmes tenues pour petites choses fragiles.

Aujourd’hui, il n’y a plus guère de Jean-Paul Belmondo en devenir, hormis peut-être Jean Dujardin, tenu pour héritier possible par son célèbre devancier. Côté filles, c’est à se pendre, sachant qu’en matière de féminisme pétulant, et même en débordant de la stricte sphère cinématographique, nous sommes un peu passés de Claudia Cardinale à Caroline De Haas.

Beaucoup a été perdu en termes de finesse intellectuelle. Quant à ceux de l’esthétique, il ne serait pas chrétien de trop s’appesantir sur le sujet.

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