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Editoriaux - Supplément - 1 mars 2018

L’échec occidental en Syrie sur fond de tension entre Erdoğan et Macron

Lequel des deux ment ? Lundi 26 février, le Président Macron a appelé au téléphone son homologue turc. Le but de l’entretien était de faire le point après le vote de la résolution à l’ONU appelant à une trêve humanitaire en Syrie.

Pour Erdoğan, cette résolution ne concerne que la Ghouta, aux portes de Damas, objet d’une offensive de l’armée syrienne depuis plusieurs semaines.

Pour les Européens et les Américains, cela concerne également l’attaque de l’armée turque contre l’enclave kurde d’Afrine. Dans un communiqué, l’Élysée a indiqué qu’Emmanuel Macron avait rappelé à Erdoğan que la résolution de l’ONU s’appliquait à Afrine. Les Turcs démentent et reprochent au Président français de “manquer de franchise”.

Il est, naturellement, impossible de trancher cette petite querelle mais elle est symptomatique de l’impuissance pathétique des Occidentaux à peser sur la guerre en Syrie. Depuis que l’insurrection islamiste a éclaté en 2011, Européens et Américains se sont trompés avec une admirable constance. Persuadés que le régime syrien tomberait très vite, et malgré les avertissements de l’ambassadeur français, Sarkozy et Juppé ont décidé la fermeture de l’ambassade de France. Grave erreur qui nous a privés d’utiles renseignements sur les attentats terroristes de Paris. Les services secrets syriens ont longtemps fourni des informations importantes sur les islamistes à leurs homologues français et la brutale interruption du dialogue a rendu la France sourde et aveugle.

Avec Hollande, ce fut pire : il fallait intervenir militairement pour abattre le régime de Bachar qui, de toutes façons, ne “méritait pas de vivre”, selon les propos de l’ineffable Fabius. Obama fut heureusement plus raisonnable et, tout en laissant la CIA fournir des armes à des islamistes prétendument modérés, s’est bien gardé d’intervenir dans le conflit.

Depuis les élections successives de Macron et de Trump, rien (ou presque) n’a changé : incantations stériles, moralisations inutiles, manichéisme primaire, toute la panoplie est là et ne sert à rien. Les Américains sont les moins cohérents, finalement : en s’alliant avec les Kurdes, ils se sont fatalement fâchés avec Erdoğan, mais les ont ensuite abandonnés lorsque les Turcs ont attaqué Afrine. La présence américaine au Proche-Orient n’a toujours engendré que des conflits supplémentaires fondés sur de graves erreurs d’analyse et des manipulations permanentes.

Erdoğan, au fond, n’est pas mieux loti. Adversaire acharné de Bachar, poursuivant sa chimère d’un Proche-Orient islamiste auquel la Syrie était un obstacle, son soutien actif aux insurgés djihadistes n’aura abouti qu’à une seule chose : l’émergence d’un territoire autonome kurde dans le nord de la Syrie.

C’est le scénario du pire pour la Turquie, et c’est elle qui l’a, partiellement, provoqué. Seule la Russie est, pour l’instant, le vainqueur diplomatique car elle a un objectif clair : gagner la guerre.

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