Au-delà de la crise sanitaire, et si le Covid-19 était un virus disrupteur ? Un agent de bouleversement du marché, un levier de transformation économique qui, par ces temps de confinement, est en train de booster la nouvelle drive-distribution et l’e-économie.

En effet, la pandémie du coronavirus a réussi là où les altermondialistes, la gauche radicale et les opposants au Système ont échoué. Aucun autre événement n’a réussi à stopper brusquement et de façon radicale la machine capitaliste globale : arrêt de l’économie mondiale, retour de l’État interventionniste, chute de l’offre et de la demande et déstructuration du marché.

Mais loin d’être terrassé tout en serrant les leviers sécuritaires au plan mondial, le capitalisme aux facultés adaptatives surprenantes pourrait bien se refaire une santé, la pandémie fonctionnant alors tout comme la destruction créatrice théorisée par Joseph Schumpeter. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, alors que la consommation dans les grandes surfaces baisse continuellement, les plates-formes de l’e-économie prospèrent. Amazon, leader mondial de l’e-commerce, a vu la demande augmenter avec la crise due au coronavirus. La pandémie finit d’ubériser l’économie et l’avènement d’une société de la livraison à domicile, favorisée par le coronavirus, risque de sonner le glas du commerce traditionnel. On assiste déjà à une hausse des ventes de grande consommation qui atteint 20 % en e-commerce depuis le début de la pandémie, selon Les Échos.

Bref, le restez chez soi et « consommez à gogo » devient la règle. Le modèle du consommateur hystérique au chariot surchargé disparaît, c’est au tour du consommateur confiné et névrosé de se voir rassuré grâce à l’économie du drive et de la livraison à domicile. La nouvelle consommation anxiogène du confinement n’a plus rien d’ostentatoire puisque, barricadé chez soi, on n’a plus où montrer son statut social. La conspicuous consumption de Thorstein Veblen est remplacée par la conspicuous confinitas. Cette nouvelle condition de confiné, même si elle laisse subsister des différences de conditions de logement, aboutit à l’égalitarisme « consommatique », le vieux rêve libéral de l’unification planétaire par la consommation aux allures d’une colonie de lofters lépreux, bref, une dictature du prolétariat confiné, le goulag du sofa et du Netflix accessible pour tous ! Les bagnards du cocooning imposé, le mitard plus le canapé !

18 avril 2020

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