Lunaires, stratosphériques, étranges, déconnectées. Tandis que les urgences de nos CHU ploient, plient et débordent alors même que le pic de l’épidémie n’est pas atteint, les résultats des sont tombés dans l’indifférence générale. Se fondant sur un taux de participation historiquement bas, les différents représentants des partis politiques et les éditorialistes, dont certains avaient l’âge d’être confinés prioritairement, peinaient à s’immerger dans les résultats. Car, masquant l’égrènement des scores municipaux, défilait le nombre des victimes du coronavirus. Pendant que s’exprimaient les chefs de parti, planait au Château la rumeur d’un total bienvenu bien que tardif. Alors que le chef de l’État et ses ministres tançaient l’irresponsabilité des Français, la plupart avaient en mémoire ce cliché du couple Macron se rendant au théâtre pour inciter nos concitoyens à sortir davantage huit jours auparavant.

On pourrait, effectivement, soulever l’écrasante victoire de Robert Ménard, la réélection quasi systématique dès le premier tour des , la percée des écologistes, le brouillard confus autour des listes , LR, UDI « qui bien souvent sont les mêmes », pour paraphraser . Mais, à vrai dire, le cœur n’y est pas du tout.

Cette élection est celle de la honte. Honte pour l’exécutif de n’avoir pas réussi à imposer un report. Honte pour l’opposition d’avoir voulu privilégier la victoire au prix d’une sanglante défaite face à un virus qui ne connaît ni frontière, ni limite, ni austérité.

Au soir du premier tour, les victoires se célébraient intimement, localement, presque honteusement. Car ce soir, nous sommes tous égaux devant la même défaite. Celle d’une nation « archipélisée » qui crève des individualismes de tout acabit. Une nation qui ne doit sa survie qu’à une poignée de décidés à enrayer coûte que coûte cette pandémie, des soignants qui dénonçaient depuis plusieurs mois la déliquescence de notre santé et le délabrement de nos hôpitaux. Ces soignants dont nous pourrons dire, tel Churchill à propos des pilotes de la RAF : « Jamais dans l’histoire des conflits tant de gens n’ont dû autant à si peu d’entre eux. »

Dès demain, ce vieux pays qu’est la devra, pour survivre, se souvenir qu’il est une nation indivisible. Ces Gaulois réfractaires, sans-dents, râleurs, jouisseurs, égoïstes, vantards, élégants et orgueilleux devront prouver qu’ils méritent le luxe de ces qualificatifs. On peut être jouisseur quand on a gardé Verdun, on peut être vantard quand on a gagné Marignan, on peut être réfractaire quand on a libéré Paris. On ne saurait l’être pour boire un verre en terrasse.

16 mars 2020

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