Une amie, cadre d’une de nos belles entreprises françaises, me transmet ce courrier reçu de ses collègues délégués syndicaux CGT, opposés à la reprise du travail « en présentiel » :

« Chers collègues,
En ces temps particuliers, plus encore qu’habituellement, nous, élus du Comité social et économique (CSE) de …, sommes particulièrement vigilants concernant la santé des salariés. Le 19 juin, la direction a décidé de passer au stade 2 du plan de reprise de l’activité, et ce, sans nous consulter.
Or, nous estimons que cette décision de retour des salariés sur site était prématurée compte tenu [sic] de l’évolution actuelle du virus. Devant le refus de la direction d’entendre nos arguments, nous avons malheureusement dû déclencher une procédure judiciaire contre la direction de …, la seule solution à notre disposition pour faire entendre notre point de vue et permettre le maintien en stade 1, c’est-à-dire le maintien en télétravail de tous et le retour sur site des salariés uniquement sur la base du volontariat.
Le tribunal nous a donné raison et a suspendu le passage au stade 2 ! … est donc revenu au stade 1 du plan de reprise, avec un retour sur site sur la base du volontariat des salariés, et ce, jusqu’à ce que nous, élus du CSE, soyons consultés et ayons rendu un avis éclairé sur ce stade de reprise. »

Nous sommes le 5 août. Les vacances sont arrivées, la psychose repartie à la hausse, la CGT et ses « avis éclairés » en embuscade pour la rentrée… Nul besoin d’être devin ni sorcier sur TikTok pour deviner que les salariés de … ne vont pas se bousculer pour retourner dans leurs bureaux de banlieue. Ils ont mieux à faire. S’occuper de leur « développement personnel », par exemple. Parce qu’ils le valent bien.

La magazine Marianne s’est penché sur ce sujet très dans l’air du temps : « Le développement personnel, un courant venu des États-Unis qui fait miroiter une réussite accessible à tous, est en pleine expansion en France. Une myriade de coachs proposent des accompagnements hors de prix, perçus par leurs clients comme un tremplin vers une vie meilleure… »

On découvre ainsi, au fil des lignes, des métiers qu’on ignorait hier encore, par exemple le « speaker de motivation », rien d’autre, en réalité, que la version moderne du marchand de bretelles. Mais quand celui-ci ameutait le chaland devant son étal, celui-là harangue les foules dans un palais des congrès plein à craquer : « Vous devez vouloir réussir aussi fort que vous voulez respirer ! Moi, je n’avais ni argent, ni éducation, ni soutien, et aujourd’hui, je suis l’orateur de motivation n° 1 dans le monde ! »

Il y a plus fort, encore. Un certain Tony Robbins, « la star numéro un du milieu », dit Marianne, qui compte près de quatre millions de fans sur Facebook. Chez nous, en France, le pape du développement personnel s’appelle David Laroche. Son business est florissant : il propose « des stages en petit comité, vendus à prix d’or : près de 10.000 euros pour le programme “Titanium”, une immersion de cinq jours dans un hôtel privatisé pour l’occasion ». Peut-être y forme-t-il des cadres de la CGT très éclairés sur le Covid-19, tout est possible…

La plupart, toutefois, proposent des formations individuelles, calquées sur le modèle des psy, « l’enjeu de ces professionnels du bien-être [étant] de trouver un concept ou une méthode originale qui les démarquera de la masse ». Au programme : « Débloktaniak », un stage trois jours pour « réactiver le feu sacré » – 800 euros. D’autres proposent des « déblocages de l’inconscient » à 250 euros l’heure. C’est un tarif digne de Lacan…

Les promesses de bonheur sont rarement tenues et « l’absence d’encadrement du coaching favorise les abus », écrit Marianne. Dans une société où tant de gens s’inventent une vie sur les réseaux sociaux, difficile d’accepter la réalité pour ce qu’elle est. C’est la porte grande ouverte aux dérives sectaires…

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