En ce 11 octobre, le pape a présidé une messe à Rome pour célébrer le 60e anniversaire de l’ouverture du concile de II. Disons-le tout net, Bergoglio est un pur produit de Vatican II : il est en effet le premier souverain pontife à avoir été ordonné prêtre après le concile, puisqu’il accéda au sacerdoce en 1969, quatre ans, presque jour pour jour, après la clôture de cet événement majeur pour l’Église catholique du siècle dernier. Pour François, Vatican II, c'est « son » concile.

Dans le livre de Marco Roncalli, petit-neveu de Jean XXIII, Jean XXIII, Vatican II, un concile pour le monde, le pape argentin estime que ce concile « n’a pas été pleinement compris, vécu et appliqué. [] Nous sommes en chemin. » Et l’on a bien compris que François compte bien employer les dernières forces qui lui restent pour tenter de faire appliquer à marche forcée ce concile, désormais l'alpha et l’oméga de l’Église catholique. Le motu proprio , texte d’une brutalité assez inédite publié en 2021, vise pas moins que d’éteindre la liturgie traditionnelle, désormais perçue comme une façon de résister au fameux esprit conciliaire. Toujours dans cette préface, François, nous rapporte La Croix, voit le concile II comme « un événement dont les fruits n’ont pas été épuisés ».

« Épuisés » ! Le mot est-il bien choisi ? L’Église catholique, en ce pontificat finissant, donne en effet l’impression d’être frappée d’épuisement, notamment en Europe. Puisque le pape fait allusion à la parabole de l’arbre, comptons ses fruits. Certes, le nombre de catholiques augmente dans le monde : au 31 décembre 2019, selon un article publié en décembre 2021 par l’agence Fides, organe d’information des œuvres pontificales missionnaires, les catholiques étaient plus de 1.344.403.000, soit une augmentation de plus de quinze millions par rapport à 2018 (+1,5 %), alors que la population mondiale, passant à presque 7,6 milliards, ne progressait, elle, que de 1,08 %. Une évolution qu’il faut moduler selon les continents. En effet, l’Europe a perdu, entre 2018 et 2019, 292.000 catholiques. L’Europe vieillit, l’Europe est de moins en moins chrétienne et l’Europe compte de moins en moins de catholiques.

Pour ce qui est du clergé, toujours selon l’agence Fides, le nombre de prêtres passait, entre 2018 et 2019, à 414.336, soit… +271 à l’échelle mondiale. Pas de quoi entonner le « Te Deum ». Pour ce qui est du clergé français, c’est la catastrophe démographique. 29.000 prêtres en 1995, 14.000 en 2021, indiquait Ouest-France, en juin dernier. Et plus de la moitié des prêtres dépasse les 75 ans. À la base de la pyramide, en 2022, 122 ordinations seulement. Et l’on ne parle ici que de démographie. Si l’on devait évoquer les scandales, les remises en cause de la doctrine dans certains pays par certains prêtres, voire prélats, on serait en droit de se poser des questions sur la réalité de ces « fruits [qui] n’ont pas été épuisés ».

A contrario, on ne peut qu’être frappé par la vitalité des instituts de formation de prêtres restés fidèles à la liturgie traditionnelle, comme notamment la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, fondée par Mgr Marcel Lefebvre. Quelques jours avant que le pape ne célèbre l’anniversaire de II, la FSSPX faisait le bilan de cette rentrée 2022. Dans l’hémisphère nord, c’est 79 hommes qui sont entrés dans les quatre séminaires de la FSSPX (Flavigny en France, Zaitzkofen en Allemagne, La Raja en Argentine et Dillwyn aux États-Unis. Rien qu’à Flavigny, on compte 14 Français.

Et si l’on fait le bilan de l’ensemble des séminaires de la mouvance « tradi », c’est pas moins de 95 jeunes qui ont franchi le pas, cette année, selon Jean-Pierre Maugendre, bien connu des lecteurs de BV. Et pour les séminaires « normaux », disons « conciliaires », quels sont les chiffres, pour 2022 ? Jean-Pierre Maugendre faisait remarquer, le 15 septembre dernier, que la Conférence des évêques de France n’avait pas encore communiqué officiellement sur les entrées en propédeutique, c’est-à-dire la première année d’étude et de réflexion dans le cursus des futurs prêtres.

La démographie étant une science relativement exacte, allons-nous, dans les prochaines années, vers un croisement des courbes entre ce que l'on pourrait considérer comme deux clergés ? Une question, sans doute impertinente : cette application du concile, telle qu'interprétée par François, ne fait-elle pas penser à ce que certains mauvais esprits disaient, jadis, du communisme ou disent aujourd'hui de l'Union européenne ? Si ça ne marche pas, c'est parce qu'on n'en fait pas assez...

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11 octobre 2022

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13 commentaires

  1. L’Église est une entité spirituelle qui ne dépend que du Christ seul. Elle diffère grandement de l’église visible qui englobe toutes les dénominations qui se réclament du christianisme .

  2. D’après la prophétie de Malachie, ce pape est le dernier. Il sera remplace par un directoire de vieillards et tout sombrera dans un dernier remous.

  3. Comme encore un certain nombre de prêtres et d’évêques ,le pape actuel déclare que le concile Vatican II ne sera pleinement compris et mis en place que dans 40 ans,car selon lui tous les conciles doivent compter 100 ans avant d’être appliqués partout,nous pouvons douter de cela car certains conciles oecuméniques des premiers siècles se sont succédés à très peu d’années de distance.
    On nous dit que le nombre de catholiques augmente régulièrement à travers le monde,en fait il s’agit du nombre d’enfants baptisés ,en Occident c’est l’effondrement,mais dans certains autres pays la tradition du baptême des enfants se maintient encore,cela ne signifie pas que le nombre de catholiques pratiquants est en augmentation.
    Les papes Jean -Paul II ,et surtout Benoît XVI ont souhaité accorder le plus largement possible, la liberté de célébrer la liturgie selon les livres liturgiques de 1962,ce qu’avait injustement interdit le pape Paul VI en 1970.
    Contre toute attente, Bergoglio le 16 juillet 2021 promulguait un motu proprio restreignant drastiquement la liberté de pratiquer dans la forme traditionnelle,il détruisait sans véritable raison, et sans concertation avec les milieux concernés ,l’oeuvre de ses deux prédécesseurs.
    Dans le diocèse d’Arras un prêtre africain dessert cinquante clochers ,dans celui de Beauvais un prêtre Français dessert 84 clochers,nous n’attendrons pas quarante ans avant de bénéficier des fruits du concile Vatican II,ces prêtres et leurs fidèles seront morts sans être remplacés!
    Stéphane Berne a tiré récemment la sonnette d’alarme,dans les toutes prochaines années 2500 à 3000 églises de France sont vouées à disparaître,et ce n’est qu’un début;aux Pays Bas des diocèses annoncent la vente de 60 % de leurs églises,dans ce pays un très grand nombre d’églises ont déjà été vendues et transformées depuis plusieurs années!
    Certes des communautés traditionnelles qui n’ont pas modifié la liturgie ancestrale de l’Eglise, comptent de nombreux jeunes prêtres et séminaristes,mais ce n’est qu’une goutte dans l’océan!
    A l’occasion du 60° anniversaire de l’ouverture du concile en Octobre 1962 par Jean XXIII,Bergoglio a célébré une messe à Saint Pierre de Rome et a déclaré: »Une Eglise amoureuse de Jésus n’a pas le temps pour les affrontements »,mais c’est lui qui a ouvert les hostilités!
    Il serait donc très urgent que ce pape Argentin,pays ou il n’a pas laissé un très bon souvenir,se décide à céder sa place ,en souhaitant que cette fois les cardinaux électeurs soient effectivement attentifs aux signes des temps par lesquels parle l’Esprit-Saint!

  4. Je ne peux que ovus inviter à assister à une messe du Chemin néocatecuménal, et là vous verrez si les messes sont tristes.
    Leur séminaires aussi sont bien remplis, ça fait chaud au coeur.

  5. Catholiques, nous avons réagis en fonction du vécu imposé par Vatican II . Des réflexions ordinaires . Deux exemples. L’église, en principe , doit s’efforcer de rassembler et non de diviser. Nous sommes dans un monde où les échanges de pays à pays sont continuels. Les cadres sont appelés à se déplacer continuellement, à vivre momentanément dans des pays dont ils ne connaissent pas la langue. Allez suivre une messe sans connaitre la langue . On en suit que les dogmes principaux. En France, déplacez-vous d’une église à une autre. Les chants qui devraient rassembler son différents voire inconnus. On reste donc muets. Dans le passé, du fait de cette communion dans la continuité et la connaissance, les messes étaient dynamiques. Aujourd’hui, dans bien des cas, elles sont mortes. Le cœur n’y est plus.

    1. N’y a-t-il pas aussi le fait qu’il est difficile de s’intégrer dans une communauté nouvelle à la suite d’un déménagement ? L’accueil d’inconnus n’est pas évident.

  6. « ne fait-elle pas penser à ce que certains mauvais esprits disaient, jadis, du communisme ou disent aujourd’hui de l’Union européenne ? Si ça ne marche pas, c’est parce qu’on n’en fait pas assez… » Pas que le communisme ou l’UE. C’est le discours fondateur de toute structure administrative (le crocodile, qui ne peut mécaniquement pas tourner la tête en arrière). Et lorsque le pouvoir administratif triomphe, ce discours devient la norme. Jusqu’à la catastrophe au premier virage.

  7. Merci pour cet éclairage avisé de l’état de l’Église catholique dans le monde. Il semblerait que la France ne soit plus « la fille aînée de l’Église ». L’évolution de la liturgie n’est pas la seule cause de cette évolution.

  8. Et si nous comptions les chrétiens et non que les catholiques?
    Bien qu’orthodoxe de coeur et d’esprit, je vais parfois à la messe catholique de françois.
    Eh bien que c’est triste.
    Triste à pleurer.
    Personne ne chante, ni ne répond, .
    je m’y ennuie à mourir de peine et de tristesse.
    Que la messe de françois est triste.
    .

  9. L’Eglise ayant été transformée en ONG, elle à beaucoup de concurrence ! Aller à la messe c’est maintenant réunir la chorale, quel intérêt ? Il n’y a pas assez d’Eglises traditionnalistes en France.

  10. Vatican II a tout simplement tué l’église Catholique, l’ordo de la messe est devenu une pâle imitation du rite protestant, eucharistie, point central de la messe est traité par dessus la jambe, et quelle tristesse que le décorum, plus rien n’incite à prier, François met la dernière pierre sur la tombe du catholicisme, troisième avertissement de Fatima.

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