Editoriaux - Le livre de l'été - Livres - 14 août 2018

Le livre de l’été : Les Grands Excentriques, de Nicolas Gauthier (2)

Salvador Dali : pris en flagrant dalire

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Comme chaque année, à l’occasion de l’été, Boulevard Voltaire vous offre des extraits de livres. Cette semaine, Les Grands Excentriques, de Nicolas Gauthier.

Le 5 février 1934, Salvador Dalí est convoqué, au 42, rue Fontaine – domicile parisien d’André Breton, le « pape » du surréalisme -, afin de s’expliquer. C’est une sorte de tribunal. Louis Aragon, alors encore plus stalinien que Staline, veut la peau du Catalan. Breton hésite : le surréalisme, même si tout le monde s’y excommunie en fanfare, ce n’est tout de même pas le goulag.

De son côté, Dalí y a été fort en faisant d’Adolf Hitler “un phénomène surréaliste absolument fantastique et fascinant, voire parfaitement comestible”

Il fait encore plus fort en se rendant devant ses juges, un thermomètre dans la bouche, la silhouette épaissie par les sept chandails qu’il enlève les uns après les autres, à chaque accusation proférée contre lui. Ayant compris qu’il est désormais tricard de surréalisme, il se livre, en dernier recours, à un acte pour le moins… surréaliste, se jetant aux pieds du très rigoriste André Breton, en criant :
– Toutes les nuits, je rêve que je vous encule !
– Je ne vous le conseille pas, rétorque sobrement André Breton, avant de signer le communiqué suivant : “Dalí s’étant rendu coupable à diverses reprises d’actes contre-révolutionnaires tendant à la glorification du fascisme hitlérien, les soussignés proposent de l’exclure du surréalisme comme élément fasciste et de le combattre par tous les moyens.”

La rupture entre Salvador Dalí et André Breton ne sera finalement effective qu’en 1939. Entre-temps, il est un fait que le trublion s’est fait remarquer en prenant la défense du général Franco en 1936, en rencontrant les Marx Brothers en 1937, en soutenant à nouveau Adolf Hitler la même année, en exécutant quelques portraits de Sigmund Freud, la suivante, et en tapant à bras raccourcis et dans la foulée, sur l’art abstrait, avec un essai au vitriol, intitulé Les Cocus du vieil art moderne. Plus surréaliste, on ne fait pas…

[…] Politiquement, Salvador Dalí se montre parfois erratique. Pour le moins indifférent aux élégances démocratiques, il s’amuse de cette enseigne de coiffeur, dans sa ville natale de Figueras où, peinte à main levée, une publicité annonce la vente de perruques faites de cheveux humains et même de Chinois… Dans le même temps, le sale bonhomme se délecte d’un entrefilet paru dans la presse locale annonçant ceci : “Grosse tempête aujourd’hui. Pour alléger le bateau, nous avons dû larguer à la mer plusieurs caisses d’oranges et quelques Chinois…”

Oserait-on dire que le « grand masturbateur » ait une fâcheuse tendance à déconner à plein tube ? Ce serait sûrement exagéré. Quoique… Toujours est-il qu’en 1969, une dame vient le solliciter jusque dans sa suite parisienne de l’hôtel Meurice afin de lui faire signer une pétition contre la peine de mort. Il s’exécute aussitôt avant de déclarer, d’une voix haut perchée et insistant sur son inimitable accent : “Jé souis contre la peine de mort en tant que catholique, apostolique et romain. Mais jé souis pour la tortoure…” Elle s’en va en courant, épouvantée. Ce Dalí n’est décidément pas fréquentable…

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