[LE GÉNIE FRANÇAIS] : Édith Piaf, légende mondiale de la chanson

Édith Piaf n’a pas seulement offert des chansons au monde. Elle incarne aussi une certaine idée de la France.
Edith Piaf.
Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)
Edith Piaf. Collection Christophel © LECOEUVRE PHOTOTHEQUE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)

Une petite femme, immense par le talent, le travail et le courage

Édith Gassion est née un jour de décembre 1915, il y a bientôt cent dix ans. Ses chansons, au-delà des modes, sont reprises aujourd’hui par les plus grands, en France et dans le monde.

Une vie semée de tragédies, de joies et de rebondissements

Sa vie, dès son enfance, est une succession d’épreuves et de joies. Sa mère a quitté le foyer. Son père la confie à sa grand-mère, qui possède une maison (close) et vit près de Bernay, en Normandie. Édith tombe presque aveugle à l’âge de six ans. On l’emmène alors à Lisieux, où les filles (de joie) de la maison prient sur la tombe de sainte Thérèse pour elle. Quelques jours plus tard, l’enfant retrouve la vue. Miracle ou simple hasard ? Édith, elle, n’en a jamais douté : pour elle, la prière a répondu. Et cette conviction ne la quittera plus.

Adolescente, elle suit son père, chanteur, acrobate et contorsionniste. Et sans le sou. Revenu de la guerre, il la fait travailler. Elle tend un chapeau et ramasse les pièces. Pendant plusieurs années, elle chante à son tour dans les rues de Montmartre pour gagner sa vie. Dès l’âge de 15 ans, elle rencontre un premier amour et se libère de la famille. Il s’appelle Louis Dupont. À 17 ans, elle aura de lui le seul enfant de sa vie, une fille qui ne vivra que deux ans.

De la rue à la gloire

Lors d'une représentation, sa voix captive l'audience. Elle a l’air de rien, mais elle a tout. Tout du génie de la chanson. C’est son premier impresario, Louis Leplée, qui la déniche et lui trouve son nom de scène, « Piaf », un mot d’argot encore méconnu, quand Louis lance la chanteuse en 1935. Il signifie « petit oiseau » ou « moineau ». Elle a vingt ans, est petite (1,47 m) et chétive ; d’où l’idée du pseudonyme. C’est encore la « Môme Piaf » pour son public, alors qu’elle enregistre son premier disque.

Quand elle entre en scène les premières fois, les spectateurs ont envie de rire. Mais dès qu’un son sort de sa bouche, tous se taisent, tous se figent et le silence règne dans la salle. Les bruits du monde s’arrêtent pour laisser passer ce timbre de voix qui jaillit d’un cœur trop plein. Il déborde d’un mélange étrange de fragilité et de courage, de simplicité et de grâce, et transforme une vie cabossée en lumière.

Une personnalité et un caractère hors du commun

Le début chaotique de la chanteuse n’est jamais un fardeau, pour elle : c’est son ancrage, sa vérité. On l’a souvent vue prier avant d’entrer en scène, comme si chaque chanson devait être gagnée, arrachée à la vie. Car Piaf ne joue pas. Elle vit ses chansons comme des aveux, des cicatrices, des appels. Elle chante l'Hymne à l’amour comme d’autres respirent.

Interprète, compositrice et pygmalion

Chanteuse, parolière, compositrice et actrice, ses succès vont devenir des classiques, comme La Vie en rose, Non, je ne regrette rien, Hymne à l'amour, Mon légionnaire, La Foule, Milord, Mon Dieu ou encore L’Accordéoniste. Sa voix extraordinaire et son interprétation saisissante inspirent de nombreux compositeurs. Édith Piaf sera le mentor de jeunes artistes tels qu'Yves Montand, Charles Aznavour, Les Compagnons de la chanson, Georges Moustaki ou encore Charles Dumont. Ils seront tous impressionnés, marqués par son professionnalisme et son exigence légendaire. Et ils le lui rendront en lui écrivant à leur tour des chansons inoubliables.

Cœur d’artichaut et bourreau des cœurs

La chanteuse croque la vie à pleines dents, les amours aussi, qu’elle écourte elle-même. De 1940 à sa mort en 1963, on ne les compte pas. Le grand acteur Paul Meurisse, qu’elle trouve « très distingué ». Avec Jean Louis Jaubert, le leader des Compagnons de la chanson, ils seront reçus comme des stars aux États-Unis. Pour le très jeunes Yves Montand, elle est « fabuleuse mais cruelle ». Marcel Cerdan, son unique grand amour, se tuera en avion, alors qu’elle effectue une tournée triomphale en Amérique où elle est une véritable vedette. Elle ne s’en remettra jamais… Mais la vie continue. Avec l’acteur Eddie Constantine. Avec Louis Gérardin, champion du monde cycliste. En 1952, elle épouse le chanteur Jacques Pills, son amie Marlène Dietrich est témoin ; ils divorcent en 1956. En 1958, c’est un nouveau coup de foudre entre elle et Georges Moustaki, qui dira : « Elle m’a tout appris : à m’habiller, à manger. » Son dernier mari, qui a vingt ans de moins, le chanteur et acteur Théo Sarapo, sera dévasté quand elle mourra à 47 ans en 1963, un an après leur mariage. Pour ajouter au chagrin, il devra travailler plus pour éponger ses dettes.

Ses dernières années à chanter jusqu’à l’épuisement

Sa vie ressemble à un roman tragique de Balzac dans laquelle elle forge sa propre légende pétrie de son immense talent. Elle continue à chanter avec un courage hors normes, alors que son corps malade est épuisé. Malgré ses évanouissements, elle remonte sur scène. À Paris comme à New York. Pour ne pas s’arrêter, elle prend cachets et médicaments en quantité. Non, elle ne se drogue pas – ce sont des ragots – et sa dépendance à la morphine lui vient de sa lutte incessante pour calmer ses douleurs dues à une polyarthrite rhumatoïde très sévère, une longue maladie qui touche les articulations et génère des souffrances intenses. Son immense public lui reste attaché jusqu’au bout. 500.000 personnes assisteront à ses obsèques.

Du cinéma aux Jeux olympiques de Paris, en 2024

2008. 45 ans après sa mort, le film La Môme est un succès mondial, avec plus de cinq millions d'entrées. La vie exceptionnelle de la chanteuse a servi le talent de Marion Cotillard. En témoigne un total de récompenses rare : Golden Globe, BAFTA anglais, César et surtout l'Oscar 2008 de la meilleure actrice.

À la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, Céline Dion a repris l’Hymne à l’amour de la chanteuse française pour un moment qui restera gravé longtemps dans les mémoires.

Édith Piaf n’a pas seulement offert des chansons au monde. Elle incarne aussi une certaine idée de la France qui a connu la guerre et la Résistance : une France qui tombe, se relève et n’abandonne jamais, qui souffre mais avance, qui croit encore en elle et à la force des sentiments. Pour beaucoup d’étrangers, l’image de Paris, encore « capitale de l’amour », et celle d’Édith Piaf sont liées.

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Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Qui d’autre que Madame Edith Piaf , peut s’enorgueillir d’avoir provoquer une standing ovation d’une dizaines de minutes en 1956 au Carnégie Hall de New-York , avec seulement sa voix et la magie de quelques chansons ? Elle est inoubliable , inimitable à jamais !!

  2. E. Piaf n’a pas brillé dans sa conduite pendant l’occupation. On a toujours tendance à pardonner aux morts, surtout quand. Ils ont du talent.

  3. Magnifique et inoubliable Edith.
    Nous avons sa fille spirituelle Mireille Mathieu que j’ai vu en concert en Novembre dernier. Emouvante, quelle voix et quel amour pour la France. A voir !

  4. Edith PIAF et ses chansons sont immortelles
    ce ne sera pas le cas, de l’idole : Yanna Khamoura YOUPI ! (qui un jour retournera au néant )

  5. Ma grand-mère l’écoutait en boucle. Presque 70 ans plus tard, elle me donne toujours la chair de poule. Quelle voix !

  6. A la Nouvelle Orléans, dans cabaret de jazz du « French Quartier », l’orchestre, ayant appris que nous étions français , nous jouait chaque soir  » la vie en rose « . Inoubliable. Merci Édith.

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