En cette période d’épidémie et de confinement, les gens ont peur ; peur d’attraper le Covid-19, peur de se déplacer et peur de contaminer leur bébé s’ils l’emmènent dans une salle d’attente médicale. C’est ainsi que, depuis deux mois environ, on observe une diminution de la vaccination des nourrissons : -23 % pour la vaccination contre le tétanos, la diphtérie, la coqueluche, la polio, l’Haemophilus influenzae et l’hépatite B, et -50 % pour le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, ainsi que pour le vaccin contre les papillomavirus.

Dans leur communiqué, les autorités ne font pas la différence entre les différents vaccins et regrettent simplement le non-respect du calendrier vaccinal, qui n’est pourtant pas un modèle du . S’il semble, en effet, souhaitable de pouvoir vacciner les enfants suffisamment tôt contre des maladies telles que la coqueluche où les affections liées à l’haemophilus, il n’y a aucune urgence à vouloir les vacciner contre les papillomavirus, dont on peut dire que le risque avant la puberté est à peu près nul. De même, le vaccin contre la rubéole n’est important, pour les petites filles, qu’après la puberté, car la rubéole n’est dangereuse que pour le fœtus. Cependant, comme, la plupart du temps, il est associé à la rougeole dans la même seringue, on en profite pour tout faire en même temps.

En raison de la toxicité possible de l’aluminium, présent dans à peu près tous ces vaccins, de nombreux parents hésitent à faire vacciner leurs enfants et on enregistre, ces dernières années, une baisse du nombre d’enfants vaccinés par rapport aux années précédentes. Ce qui est, bien sûr, fort dommageable pour l’acquisition d’une immunité de groupe qui nécessite que plus de 70 % de ses individus soient immunisés. Or, c’est cette immunité de groupe, en limitant la propagation de la maladie, qui va protéger la population et les sujets qu’on ne peut pas vacciner.

L’arrivée du coronavirus et de l’épidémie n’a fait qu’aggraver les choses. Il n’y a rien de dramatique à reculer les vaccinations obligatoires de quelques semaines, surtout si le nourrisson a été nourri au sein. Ce qui semble, surtout, déranger les autorités, c’est que les patients se permettent des libertés avec un calendrier qu’elles ont eu du mal à faire admettre, qui est administrativement parfait mais, médicalement, beaucoup plus critiquable car il ne répond pas à la logique des risques encourus.

Certes, il est vrai, comme le fait remarquer le professeur Bégué, membre de l’Académie de médecine, dans le supplément santé du Figaro du 2 mai, que « le retard pris dans les vaccinations expose les nourrissons à des maladies fréquentes qui peuvent être graves à cet âge » ; mais en ne voulant pas faire la différence entre des vaccinations dont l’absence fait effectivement courir un risque au nourrisson – comme la coqueluche ou la rougeole, pour ne citer que ces deux maladies – et d’autres – comme la vaccination contre l’hépatite B ou, plus encore, contre le papillomavirus,- qui peuvent attendre que l’enfant soit plus âgé, on décrédibilise le discours car on ne s’en tient qu’à des normes administratives.

Il y a aussi un autre volet qu’on ne peut négliger, c’est le manque à gagner pour les laboratoires fabriquant ces vaccins, et comme ils entretiennent des liens étroits avec l’information médicale, on ne peut qu’avoir des doutes sur l’objectivité des déclarations et des articles publiés sur le sujet. Un article intitulé « Maintenir la vaccination des nourrissons, une priorité même en période de confinement », publié dans un grand média professionnel, il y a quelques jours, n’était pas, comme le titre pouvait le laisser, supposer un article scientifique mais, malgré les apparences, un « publi-rédactionnel » pour Sanofi-Pasteur, comme indiqué en tout petits caractères sous le titre !

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