L’Abandon, film sur les derniers jours de Samuel Paty : l’islamisme, ce grand absent

275 morts depuis 2012, mais la France a toujours du mal à accoler les mots "terrorisme" et "islamiste".
Samuel Paty film L'Abandon

Figurant dans les films « hors compétition » du festival de Cannes qui vient d'ouvrir, L’Abandon sort en salle ce 13 mai. Le film retrace les onze derniers jours de Samuel Paty, abandonné à son terrible sort par ses collègues et l’institution scolaire, livré en pâture à la haine, ce qui aboutira à son assassinat par un terroriste islamiste le 16 octobre 2020. Son crime ? Avoir présenté à ses élèves des caricatures de Charlie Hebdo.

L’islamisme ? Connais pas

Avant même de voir le film, grâce au dossier de presse, on peut se faire une idée de l’optique dans laquelle Vincent Garenq a réalisé son film. Ce qui touche principalement le réalisateur, c’est « une succession d’abandons, de dysfonctionnements, de lâchetés ou de naïvetés ». L’affaire Samuel Paty peut-elle être résumée ainsi ? Sans l’islamisme ambiant et sans le bras armé du Tchétchène Abdoullakh Anzorov, toute cette « mécanique » n’aurait été qu’un exemple supplémentaire d’irresponsabilité bureaucratique, pénible mais anodine. Ce qui lui donne son sens et qui fait que l’épisode n’est pas que « kafkaïen », c’est l’attentat au nom de l’islamisme.

Or, le mot « islamisme » ne figure pas une seule fois dans les 25 pages. Le mot « islamiste », deux fois seulement. Une fois pour mentionner le Mouvement islamiste armé qui sévissait en Algérie dans les années 1990. Une autre fois pour désigner Abdelhakim Sefrioui, celui qui va pousser Brahim Chnina, le père d’une des élèves de Paty, à faire monter la haine contre le professeur sur les réseaux sociaux. Qu’est donc Anzorov, alors, s’il n’est pas lui aussi islamiste ? « Le terroriste », tout court. De son côté, Antoine Reinartz, qui interprète Samuel Paty, plutôt que de parler de l’islamisme, se contente de mentionner « une idéologie ».

Une théorie du CCIF refait surface

Singulière absence que celle de l’islamisme dans ce contexte ! Elle contraste avec une autre musique, celle d’une islamophobie latente. Nedjim Bouizzoul, encore, explique qu’« à la suite des attentats qui ont frappé la France, beaucoup de citoyens de confession musulmane ont ressenti une forme de stigmatisation dans leur vie quotidienne ». Une double peine, qui plus est, puisque « ces attaques ont touché tout le pays, y compris des familles musulmanes, qui ont elles aussi perdu des proches ou ont été profondément meurtries ».

Sous ses dehors humains et victimaires, l’angle est tout sauf anodin. C’est celui défendu par le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) avant qu’il ne soit dissous en 2020 et que relayait son ancien porte-parole, Yasser Louati, dans le très politique documentaire Le Repli : avec les attentats de 2015-2016, « on paye le prix deux fois ». Le père de la lycéenne menteuse, Brahim Chnina ? « Je vois un type ordinaire, un peu banal, qui veut aider sa fille », explique Bouizzoul. Pour la bonne cause, puisqu’« il pense que sa fille est une victime d’un certain racisme qui existe en France ». L’islamisme, connais pas, mais l'islamophobie et « un certain racisme en France », oui, bien sûr. Ils expliqueraient même certaines attitudes…

Un non-dit français

Le film donnera-t-il un angle différent ? Peut-être. Mais un dossier de presse, par principe, reflète fidèlement l’esprit d’un film. Le risque est grand que L’Abandon ne soit passé à côté du sujet en faisant l’impasse sur l’islamisme. Cela rappelle la plaque commémorative posée par la mairie de Paris en hommage à la rédaction de Charlie Hebdo massacrée, plaque « à la mémoire des victimes de l’attentat terroriste contre la liberté d’expression » - sans plus de précisions.

Quant à l’islamophobie latente… Une bonne partie des comportements qui ont marqué le réalisateur — « une succession d’abandons, de dysfonctionnements, de lâchetés ou de naïvetés » — s’explique par la crainte des collègues et de l’institution de paraître islamophobes. Dommage que cela lui ait échappé. Or, l'accusation peut tuer et fut justement portée contre Samuel Paty. « Nous n’accepterons jamais qu’on le traite d’islamophobe, de raciste », répliqua la mère du professeur, Bernadette Paty, à la barre de la cour d’assises. Aussi bien intentionné qu’il soit, et juste sous un certain nombre d’aspects, et interprété avec finesse, L’Abandon témoigne une nouvelle fois que certaines vérités ne peuvent pas encore être dites en France.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

34 commentaires

  1. Ne pas voir l’éléphant qui est au milieu du pays , en plus c’est un lion énorme .

  2. j’ajoute à cela que , et j’ose le penser , que la volonté ce réalisateur n’était pas de stigmatiser une religion , de stigmatiser l’Islam, les musulmans, mais de rétablir simplement les faits, mettre en exergue comment le fanatisme quel qu’il soit , l’intégrisme, , la haine des uns, la lâcheté des autres, l’impact et le danger de l’anonymat des réseaux sociaux peuvent conduire au pire . Si mon raisonnement est bon, c’est tout en son honneur de nous permettre d’ouvrir les yeux sur ce dont les hommes sont capables .

  3. Le film n’est pas encore sorti en salle que les critiques fusent … c’est navrant dans un pays où le courage n’est pas une vertu majeure !!!
    Il suffit d’entendre ce qu’en pense Monsieur de Montbrial , l’avocat de la soeur de Samuel Paty pour ne pas douter que le film relate exactement et avec courage l’origine et le déroulement des faits qui ont conduit à ce drame qui aurait du et pu ne pas existé.
    Que le terme islamisme ne soit pas prononcé, je l’ignore car je n’ai pas encore vu le film, pour autant est vraiment nécessaire , indispensable, puisqu’il en est la toile de fond au travers des personnages à l’origine de la fatwa ?

    • Quel besoin de faire un film sur une histoire que tout le monde connaît assez précisément, si ce n’est pour travestir la vérité ?
      Ne pas nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

  4. Certaines vérités ne peuvent PLUS être dites en France.
    Les marconistes, en agonie, s’en réjouissent et continuent de gouverner par le chaos.

  5. Pas d’islamisme, pas de meurtre barbare, seulement le quotidien de la lâcheté des l’éducation nationale. Mais si on parle de l’islamisme dans le film, pas de diffusion en salle, pas de festival à Cannes.
    Donc dire que M. Paty a été assassiné par la France est plus vendable et sécurisant.

  6. La terminaison « phobe » (contraire de « phile ») ne veut pas dire «  »haine » mais « peur ». Cela fait tout de même une sacré différence quand on connait la menace islamiste (et non pas islamique)

  7. Un film pour « noyer le poisson ». Le fait même que ce réalisateur ait obtenu les crédits pour faire ce film annonce ce à quoi il sert : à dénaturer le réel et à endormir le citoyen.

    • AH bon ? le film, que vous avez manifestement déjà vu en avant première, n’a pour but à vos yeux que de noyer le poisson, dénaturer le réel, endormir le citoyen ?
      Nul besoin d’endormir quiconque , il y a bien longtemps que nous fermons les yeux ,grâce, et à commencer par nos élites politiques de tous bords …
      Quant à noyer le poisson, inutile, car il finit toujours par pourrir par la tête .

  8. Le plus grand nombre de Français sont islamophobe vue l’actualité persistante, en effet des affaires comme Samuel Pati lâché par son entourage, comme l’éducation national, c’est bien encore l’islam qui est en cause et pourtant y a t’il un grand nombre de Français qui soient au courant de l’interdiction de caricaturer alors que ce n’est pas interdit en France.
    Décidément l’actualité avec la présence de l’islam en France est bancale, combien de préceptes sont illégaux en fonction des lois de la république et a présent le fait d’avoir peur légitimement de l’islam soit l’islamophobie serait interdit, vraiment de plus en plus on est chez les fous. Merci la gauche mélenchoniste.

  9. Encore un film qui ne retrace pas la réalité telle qu’elle est mais telle qu’on aurait aimé qu’elle soit (madame Ernotte fait des petits). Ce ne sont pas des islamistes qui ont « fait monter la sauce » jusqu’à tuer Samuel Paty, ce sont ses collègues blancs qui ne l’ont pas défendu. Selon eux, La religion « de paix et d’amour » n’a rien à voir la dedans…

    • Encore une fois j’ai l’impression que sort un filme qui ne représente pas la réalité si dérangeante.Non c’est l’ensemble de ceux qui guident leur vie aux préceptes de l’islam et ceux qui l’appellent de tout leur âme et de façon croissante qui sont la cause de l’affaire Pati et d’autres, demain de plus en plus ces gens là n’ont aucune empathie sur la souffrance humaine ni le passé ancestrale d’un peuple.

      • La France était la fille aînée de l’Eglise…on a voulu rendre le pays sans religion, mais l’Islam fait tout pour s’imposer !

  10. L’islamisme est un courant politique, qui ne vise que le pouvoir. Le chemin est différent mais conduit au même endroit que beaucoup de dictature.

  11. Les Frères Musulmans ont su trouver dans la gauche bêlante et bien-pensante un formidable relais à leur idéologie criminelle. Ils sont parvenus à faire croire que l’islamophobie c’est une forme de racisme. Et ça marche !!!!!!!!!!!!!!
    Pourtant, que je sache, l’Islam est nullement une race ! L’Islam est une religion c’est à dire une idéologie !!!
    Ainsi personne n’aurait l’idée saugrenue de dire que la « cathophobie » ou la « protestantophobie » c’est du racisme. Une personne peut parfaitement combattre les idées de la religion catholique ou de la religion protestante sans se préoccuper de la couleur de la peau des catholiques ou des protestants. Il en va de même avec l’Islam. Il y a des musulmans de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
    Le but de cette injonction victimaire est de faire taire la moindre critique envers l’Islam. Par conséquent il s’agit d’une injonction TOTALITAIRE !!! En effet, seules les idéologies totalitaires ne supportent pas que l’on puisse émettre un avis qui pourrait venir, d’une manière ou d’une autre, percuter le dogme. Ne jamais oublier que les premières victimes du nazisme et du communisme étaient des opposants politiques !
    Il en va de même ici. Ne perdons jamais de vue que l’Islam est d’abord et avant tout politique puisque c’est un code social, économique (finance islamique) et pénal. On peut également ajouter qu’il n’existe aucun pays musulman qui soit démocratique. Et c’est tout sauf un hasard.
    Quand j’entends la phrase de la mère de Samuel Paty, qui est à plaindre assurément, je me dis qu’elle n’a assurément pas perçu la perversité de la phrase qu’elle a prononcée, engoncée qu’est probablement cette dame dans le « camp du bien ».

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Riche mais anti-riches : Jean-Luc Mélenchon est schizophrène politiquement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois