Editoriaux - Politique - 17 janvier 2020

La réunion électorale houleuse de Marlène Schiappa

La mode bobo qui s’entiche de termes en langue de Shakespeare parle d’« after hour » pour désigner un pot pris avec des amis ou des collègues après les heures de travail. Certains estaminets proposent des prix d’appel pour doper la consommation et attirer le chaland. C’est de bonne guerre.

Ce 16 janvier, avec quelques amis, nous avions rendez-vous pour un pot dans le XIVe arrondissement de la ville de Paris. Un restaurant servant des pizzas jouxtait le bistro choisi pour nos raisonnables agapes. Devant ce restaurant, quelques policiers des compagnies d’intervention et de sécurité. De l’autre côté du boulevard, c’était un ou deux pelotons de gendarmerie mobile. Nous nous enquérons auprès d’un quidam, il nous est dit que la secrétaire d’État Madame doit participer, à 19 h 00, à une réunion électorale dans ce restaurant, privatisé pour l’occasion.

Peu avant 19 heure déferlent deux bonnes centaines de personnes voulant investir le trottoir devant le restaurant. Certains ont des sifflets et en usent, un drapeau CGT est déployé, quelques-uns crient des slogans… Cela ressemble à un « accueil de ministre » tel qu’il était pratiqué en 2013/2014 par les militants hostiles au mariage Taubira, sauf qu’au lieu d’être le fait d’un petit groupe d’individus, c’est toute une armée qui fait irruption !

Les forces de l’ordre font appel à la réserve et les gendarmes mobiles évacuent les manifestants de l’autre côté du boulevard et les contiennent tant bien que mal. Des policiers en civil, qui ressemblent à s’y méprendre à ceux qui sont régulièrement filmés en train de commettre d’alléguées violences policières dans les manifestations de gilets jaunes, arrivent et sécurisent un périmètre restreint. Puis la (grosse) cavalerie arrive, tout un escadron de gendarmerie mobile, toutes sirènes hurlantes. Les manifestants sont accompagnés jusqu’au métro. Nos verres bus, mes amis et moi nous dispersons sous le regard des forces de l’ordre, une fois terminé cet instant de convivialité passé en contemplant le spectacle d’une débauche de moyens policiers pour protéger une candidate en campagne.

C’est Twitter qui m’apprendra la suite : la ministre est bien parvenue (en retard) à sa réunion, mais le filtrage n’ayant pas été bien fait, elle y a été chahutée par une assistance hostile composée de présumés gilets jaunes en civil ou d’opposants à la réforme des retraites. Elle aurait interrompu sa prestation et quitté les lieux en menaçant de porter plainte, on se demande sur quel fondement…

Quelques questions se posent :

Le coût (exorbitant) de la sécurisation par la force publique de cette réunion électorale sera-t-il porté aux comptes de campagne de Madame Schiappa ? Pour ne pas altérer l’équité du scrutin, les autres candidats peuvent-ils demander à bénéficier d’une protection d’un niveau comparable ?

Si l’on cache aux ministres intègres ou non que des manifestants en nombre conséquent souhaitent, par leur présence, faire connaître leur désaveu d’une politique jugée néfaste, ne pourraient-ils pas imaginer être approuvés et aimés ? Exposés qu’ils sont à la flagornerie de leurs intimes, il est temps qu’ils comprennent ce que le pays réel pense d’eux.

Il se dit que notre Président Emmanuel Macron n’écouterait rien ni personne. Il est, dès lors, très probable que nous assistions à une bunkerisation totale du pouvoir politique pour le reste de ce mandat. Mais quelle alternative et, surtout, devant une société éparpillée façon puzzle, comment envisager de créer le lien social même ténu qui ressemblerait à l’embryon d’une nation ?

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