Editoriaux - International - Santé - Société - 24 novembre 2018

La légalisation du cannabis au Canada : un « jeunocide » ?

La légalisation du cannabis au Canada s’apparente à une non-assistance à jeunesse en danger, en raison de sa grande vulnérabilité à cette drogue. Cette disposition pourrait même être considérée, à certains égards, comme un crime contre l’humanité, car le cannabis est encore plus toxique que le tabac : 79.000 morts par an en France.

Mark Rutte, Premier ministre néerlandais, en visite au Canada, une semaine après cette légalisation, appelé à commenter cette disposition a répondu : « N’en fumez pas du tout ! » Pour appuyer cette recommandation, il a fait référence à l’un de ses proches dont cette consommation a altéré la santé mentale.

Il a illustré sa pensée par quelques réflexions : « La marijuana d’aujourd’hui est bien plus forte qu’autrefois » (sous entendu à l’époque où nous, Hollandais, l’avons légalisée). « Cette drogue est mauvaise pour la santé, surtout celle des jeunes. » « La meilleure politique qu’on puisse s’imposer à soi-même sur la drogue est d’éviter la première fois.” « Cela peut sembler conservateur, mais je vous le conseille : n’essayez pas du tout ! ».

Il s’exprimait en présence de son homologue Justin Trudeau, qui venait de légaliser le cannabis ; son hôte devait, in petto, commencer enfin à se poser des problèmes.

Et M. Rutte d’en rajouter, en évoquant « le risque de passage à d’autres drogues très dures » et d’indiquer que son “gouvernement envisageait de réformer la loi [de 1976] qui n’était pas tout à fait un succès”.

Quoi de plus édifiant que cette déclaration du Premier ministre d’une nation qui a commis, il y a quarante ans, la bévue de cette légalisation, en présence de celui d’une autre nation qui vient de la réaliser.

Justin Trudeau était pressé de concrétiser cette folle promesse électorale car, s’il est correctement informé (on peut l’espérer), il doit connaître l’accumulation des données cliniques, épidémiologiques, neurobiologiques qui, si elles avaient été enfin portées à la connaissance du public, auraient rendu cette légalisation impossible. Il s’agit, en l’occurrence, d’un véritable « passage en force ».

La responsabilité du cannabis, par son THC, est désormais irréfragable : dans l’accidentalité routière ; dans la crétinisation des jeunes ; dans leur suicidabilité croissante ; dans leur démotivation, dans leurs troubles anxieux et dépressifs ; dans des effets désinhibiteurs aux conséquences graves avec prise de risques, auto-agressivité ou hétéro-agressivité ; dans la potentialisation intense des effets de l’alcool (dont il suscite une consommation débridée – « biture expresse ») ; dans les troubles amotivationnels ; dans le passage à d’autres drogues (« escalade ») mais, plus grave encore, dans l’adjonction d’autres drogues, sans renoncer à celle-là (polytoxicomanies) ; dans les accès psychotiques aigus (souvent réversibles) et, plus grave (car irréversible), l’entrée dans la schizophrénie. Enfin, culmination des craintes, le constat qui se précise chez les individus en âge de procréer, l’intoxication cannabique touche leurs cellules germinales et les modifie (épigénétique), leur faisant transmettre à leur descendance (entre autres conséquences) une plus vive appétence pour les drogues, qui se manifeste dès l’adolescence.

On mesure ainsi l’énorme responsabilité qu’endosse Justin Trudeau, devant ses concitoyens, devant le concert des nations, devant l’humanisme et devant l’humanité tout entière. À l’heure où l’on devient plus attentif à la préservation des espèces animales, ne devrait-on pas s’intéresser un peu plus à l’espèce humaine ?

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