La France sous la loi du couteau

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Ces dernières 48 heures, deux attaques au couteau ont fait des blessés en Bretagne. Deux blessés innocents (il ne s'agit pas d'un règlement de comptes), qui n'avaient pas d'autre tort que celui d'avoir un peu de bon sens - naguère appelé "bon sens citoyen". A Brest, un homme qui voulait mettre fin à un rodéo urbain a été poignardé et tabassé à coups de battes de base-ball par un "groupe de jeunes". A Lorient, un jeune homme qui voulait récupérer sa trottinette volée par "un groupe de mineurs" a été poignardé au visage. On ne se posera pas, pour la énième fois, la question de savoir qui peuvent bien être ces "jeunes", ces "mineurs" ou ces amateurs de rodéo. Le camouflage des réalités par des mots anodins, on le sait depuis - au moins - Orwell, est une des nombreuses marques des régimes autoritaires. La France n'échappe pas à la règle.

Il y a, selon des statistiques de 2020, relayées par une question parlementaire de Valérie Boyer (LR) du 15 juillet 2021, environ 120 attaques au couteau chaque jour sur le territoire français. L'utilisation d'armes blanches n'a, c'est vrai, rien de nouveau en France. La plupart des commentateurs bienveillants parlent des Apaches, ces bandes de banlieusards du début du XXe siècle, qui semaient la terreur avec leur "surin" dans les quartiers populaires du nord-est parisien. Il y a même, depuis le milieu du XIXe siècle, une fascination bourgeoise pour la violence des voyous comme on le lit, parmi mille autres exemples, dans Les Mystères de Paris, le roman-feuilleton d'Eugène Sue. L'enfant naturel de ce goût morbide pour les marges de la société, c'est l'amour inconditionnel, aujourd'hui, de la banlieue, de ses codes, de son langage et de ses modes d'action violents.

Ainsi, la France vit sans se poser de questions sous la loi du couteau. L'Opinel dans la chaussette (de sport) fait partie du dress code des "jeunes". Pour les sociologues de gauche, le couteau, arme de fortune et d'opportunité, est l'arme du pauvre contre le riche, du jeune contre le moins jeune, de la minorité contre le système, de l'individu contre la masse. C'est très romantique pour les héritiers du sinistre Oswald Baudot, ce juge du Syndicat de la Magistrature qui, en 1974, adressait aux jeunes magistrats une harangue restée célèbre. Il les priait de juger toujours pour le pauvre contre le riche, pour l'opprimé contre l'oppresseur, et, évidemment, pour le criminel contre la victime. C'est l'un des paysages idéologiques qui, même inconsciemment, guident la main de certains juges au moment où ils prononcent, comme bien souvent, une relaxe ou du sursis.

Ce n'est plus le magistrat, en effet, qui prononce la sentence fatidique : prisons surpeuplées, peines non effectuées la plupart du temps, préjugés politiques, l'en empêchent depuis bien longtemps. Non, le vrai législateur, celui qui détient le pouvoir de créer la jurisprudence, le pouvoir de créer l'exceptionnalité comme dit le juriste Carl Schmitt, c'est celui qui tient le surin. L'Etat régalien n'a pas renoncé à ses compétences, c'est pire : il les a transférées, pour partie, aux banlieues (domination géographique, économie parallèle, non-application de la loi, chasse aux autorités, et donc, exercice d'une violence devenue légitime par défaut).

Que va-t-on faire ? Interdire les couteaux comme on interdit les feux d'artifice ? Ce serait ridicule, donc pas surprenant. Le plus simple, pour le citoyen prétendument tout-puissant qui est en réalité tout l'inverse, est d'éviter ces petits pays qui ont déjà fait sécession. Ou de se soumettre à cette nouvelle police, reconnaissable, entre autres, au port d'un certain uniforme. C'est la loi du couteau.

Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

21 commentaires

  1. Devant cet état de fait, prévoyez, j’ai le même couteau que celui représenté, il est légal, il s’ouvre comme un canif, a une lame auto bloquante de 10 cm et je veille à ce qu’il soit affûté comme un rasoir. Il ne me sert que pour couper un fruit ou une attache en plastique, au besoin et seulement en cas de légitime défense, si ma vie est menacée, je m’en servirais contre cet adversaire et à 74 ans, la pitié est révolue.

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