La France a commis une grave erreur en suivant Obama dans sa politique syrienne, en 2011. S’il y avait bien un connaisseur du monde arabe qui pouvait servir de médiateur, c’était la France. Hélas, la diplomatie française est à la remorque de Washington depuis trop longtemps, et cela se ressent sur le poids réel que pèse la France sur l’échiquier politique mondial.

En 2019, l’ancien ambassadeur de France à Damas, Michel Duclos, aujourd’hui conseiller spécial à l’Institut Montaigne, auteur de La Longue Nuit syrienne, écrit : « À ce stade, la défaite de l’Europe en est évidente. Les Européens ne sont presque pas présents dans la région, les Américains rêvent de partir. » La tentative de révolution de couleur américaine en Syrie a été un échec qui a coûté la vie à des centaines de milliers d’hommes. En s’alignant sur les USA, la France porte sa part de responsabilité et ne recueille comme seul dividende que des vagues massives d’immigrés et des mouvements islamistes, dont le but n’est clairement pas l’amour fraternel et la protection des statues de Saint Louis.

Damas a repris le contrôle de l’essentiel de son territoire mais la guerre continue à Idlib, qui est contrôlée par des groupes islamistes dont l’infâme Hayat Tahrir al-Cham (ex-Front al-Nosra), précise Le Monde. Avec les sanctions occidentales contre la Syrie et des escarmouches qui se poursuivent, la situation humanitaire laisse à désirer. La France ferait mieux de voir la réalité en face. En 2021, le mandat présidentiel de Bachar el-Assad, vainqueur de la guerre, arrivera à son terme. Maintenant plus que jamais, Paris devrait soutenir les travaux du Comité constitutionnel syrien et participer activement à aider la Syrie à se relever de ses cendres par de l’aide humanitaire, technique et économique.

On peut espérer que les Syriens sauront pardonner à la France ses écarts de langage et son alliance américaine. Paris peut mener un dialogue intelligent avec Damas et entretient des relations, certes difficiles, mais privilégiées avec la Russie. Moscou est, d’ailleurs, la seule capitale capable de parler aussi bien à Paris qu’à Washington, Damas, Ankara, Téhéran ou Tel Aviv. Être un des premiers pays européens à participer à la reconstruction de la Syrie serait un signal fort pour la région et un avantage diplomatique indéniable pour la France. Cela ne serait pas la première fois que Paris travaillerait avec Moscou à la barbe de Washington. En juillet 2018, déjà, la France et la Russie ont livré ensemble 50 tonnes d’aide humanitaire en Syrie à destination de la Ghouta orientale, selon Le Point.

La France peut encore jouer un rôle majeur en Syrie si elle abandonne son alignement atlantiste et reprend son rôle historique de pacificateur cherchant le dialogue réel et sincère avec Damas. Si la France s’y prend bien, elle pourrait même s’offrir des occasions économiques sans précédent. Par les temps qui courent, c’est une option à considérer plutôt deux fois qu’une.

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