L’élection d’Emmanuel Macron a confirmé la mort clinique du clivage gauche/droite, matrice qui avait structuré l’offre politique française au cours des quarante dernières années, et que beaucoup réduisent aujourd’hui à une alternance convenue entre la droite libérale et sa sœur utérine la gauche libertaire.

Si, pour l’essentiel, il est difficile de distinguer l’action de ces deux faux ennemis qui se rejoignaient autour de l’idéal européiste et antinational, il est possible, avec le recul, de considérer que, dans certains domaines, le bilan de la gauche est en tous points supérieur à celui de la droite.

C’est notamment le cas du sport, ce que démontre l’analyse des différents gouvernements qui se succédèrent à partir des années 80.

Les ministres des Sports nommés par la gauche présentent tous des prédispositions pour le poste, par leur expérience, leurs réseaux et leur aptitude à veiller aux destinées du sport français, d’Alain Calmat à Roger Bambuck en passant par le médecin du sport Valérie Fourneyron et l’avocat Thierry Braillard.

À l’exception notable de Guy Drut et Jean-Francois Lamour, la droite aura, quant à elle, affiché une persévérance coupable dans la recherche des profils les plus farfelus.

Le parachutage de Bernard Laporte au poste de secrétaire d’État fut vécu comme une provocation par la famille du sport tricolore, avant que la farce ne vire à l’infamie, à la prise de fonction de l’improbable attelage formé par Roselyne Bachelot et Rama Yade.

Au-delà du choix des hommes, les actions entreprises par les différentes équipes gouvernementales penchent également très nettement du côté de la gauche, des mesures prises par Marie-George Buffet en matière de lutte antidopage à la loi Braillard qui confère un statut social à part entière aux sportifs de haut niveau.

À l’échelle internationale, François Mitterrand a remporté successivement l’attribution des Jeux olympiques d’Albertville et de la Coupe du monde de football 1998 ; tandis que Jacques Chirac fut, par deux fois, battu dans ses tentatives de faire de Paris la ville organisatrice des Jeux d’été (éditions 2008 et 2012).

Le sport est un univers clos, extrêmement complexe et codifié.

C’est ce qu’avaient parfaitement compris les socialistes Mitterrand et Hollande, tous deux conscients de leurs limites et incapacités à s’immiscer dans ce monde sans y avoir été invités, ce qui les poussèrent à déléguer et s’entourer d’initiés auxquels ils laissèrent les mains libres.

Nicolas Sarkozy commit le péché d’orgueil de considérer que sa passion – indéniable – pour le sport lui permettrait de cumuler les fonctions de Président, de ministre des Sports et de sélectionneur de l’équipe de France de football, erreur de jugement qui accoucha de la tragi-comédie de Knysna, point d’orgue du naufrage des Bleus à la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.

Plus généralement, ce décalage trahit également une forme de mépris chronique de la droite à l’endroit du sport, que l’on pourrait assimiler à du mépris de classe.

La droite a toujours nourri un appétit certain pour les fonctions régaliennes de l’État et les portefeuilles les plus prestigieux, délaissant volontairement et avec un dédain notoire l’Éducation nationale, la culture et le sport, activités jugées non essentielles.

De la même manière, les foyers de gauche ont constamment témoigné une sincère considération au sport pour ses valeurs éducatives et universelles (partage, mixité sociale) tandis que les familles de droite traditionnelle n’y voient encore aujourd’hui qu’une activité annexe, un loisir, tout au plus un exutoire pour canaliser un enfant turbulent à condition que cela ne l’empêche pas de passer son bac.

23 novembre 2020

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