Culture - Editoriaux - Politique - Union Européenne - 18 juillet 2019

Jusqu’où ira le sectarisme du « nouveau monde » ? se demande François-Xavier Bellamy

Intervenant pour la première fois au Parlement européen, François-Xavier Bellamy a cité Charles Péguy. Il n’en fallait pas plus pour que Pascal Durand, cet écologiste élu sur la liste Renaissance de Nathalie Loiseau, s’indigne dans un tweet : « Première intervention de @fxbellamy au #PE, il commence par une citation de Charles Peguy… référence naturellement innocente à un nationaliste belliqueux et réactionnaire #ÇaPromet. » On ne sait si ça se voulait ironique. En tout cas, l’ancien cofondateur d’Europe Écologie est à côté de la plaque.

François-Xavier Bellamy lui a fort justement répondu qu’il était « stupéfait devant ce message », se demandant « jusqu’où ira le sectarisme du “nouveau monde” ». Il ajoute ces mots, qui devraient couper le sifflet au député imprudent : « Péguy, immense écrivain, est mort pour la France. Et le citer me vaut aujourd’hui d’être traité comme un suspect… Cette politique de l’insulte, aussi suffisante qu’absurde, devrait tous nous révolter. » Et pour lui rabattre définitivement le caquet, de lui rappeler cette citation de Péguy : « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. »

On peut, sans doute, reprocher beaucoup de choses à la tête de liste LR aux élections européennes – ne serait-ce que de s’être laissé embarquer dans cette galère –, mais certainement pas de n’être ni intelligent ni cultivé. Il sait, en outre, rester modeste, une qualité qui tend à se perdre. On constate, en revanche (si l’on avait un doute), le degré zéro de la critique formulée par Pascal Durand. Son commentaire est tout simplement consternant et manifeste une inculture qu’il n’est, hélas, pas le seul à partager dans le monde politique.

Il faut être particulièrement ignorant pour méconnaître que Charles Péguy, s’il eut un engagement, c’était un engagement socialiste. Pendant l’affaire Dreyfus, il fut résolument dans le camp des dreyfusards. C’était l’époque où le socialisme pouvait être un idéal et non un casse-croûte politique. Il a évolué naturellement vers le patriotisme et le christianisme. Il est mort « au champ d’honneur », comme on dit, dès le début de la guerre de 14. Belliqueux, le poète qui écrivait « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,/Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre » ? Ou, simplement, patriote ?

On ne peut qu’être ébahi par le niveau d’un certain nombre de politiciens, qui poussent le ridicule jusqu’à se prendre au sérieux. L’hebdomadaire Le Point rapporte des propos qu’aurait tenus Benjamin Griveaux, en off, sur ses concurrents à la mairie de Paris : « Je sais exactement ce que l’on va faire et sur quel calendrier, mais ça, c’est entre le président et moi. […] Tout cela est très réfléchi depuis le début. […] Qui tient Bournazel [élu parisien, membre d’Agir] par les c… depuis le début, si ce n’est moi ? […] Cédric [Villani], il n’a pas les épaules pour encaisser une campagne de cette nature. Il ne verra pas venir les balles, il va se faire désosser ! » Son cœur mis à nu. Ce n’est pas beau à voir. Il s’est, paraît-il, excusé.

En France, de nombreuses rues, des collèges et des lycées portent le nom de Charles Péguy. Pascal Durand n’aura jamais cet honneur. Ni Benjamin Griveaux. « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles », écrivait Oscar Wilde. Charles Péguy regardait les étoiles, mais des politiciens, comme Griveaux ou Durand, restent dans le caniveau.

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