La loi Avia a été débattue à l’Assemblée nationale. On a assisté à un véritable revirement chez les députés LR qui, cette fois-ci, ont voté massivement contre, alors qu’ils n’étaient que 6 opposés au projet à l’origine.

Explications de Julien Aubert qui, dès le départ, s’est opposé au projet de loi.

La loi Avia a été débattue cet après-midi à l’Assemblée. Vous n’étiez au départ que six députés à y être opposés chez les LR. Comment ça s’est passé chez les LR ?

Les réactions sur les réseaux sociaux ont aussi fait prendre conscience chez un certain nombre de mes collègues, qui n’avaient peut-être pas trop regardé le texte, qu’il y avait des choses inacceptables en l’état dans le texte. Je pense notamment le fait de confier aux GAFAM le soin d’être les policiers de la liberté d’expression. Nous avons par ailleurs reçu un certain nombre d’avis juridiques. Cela a conduit chez les Républicains à changer la consigne de vote et de voter contre.

Une position au dernier moment. Marine Le Pen parle elle d’opportunisme politique. Qu’elle est votre point de vue ?

Marine Le Pen est dans son rôle. C’est facile pour elle. Elle vote vraiment sans réfléchir tout le temps contre. Les Républicains essayent d’expertiser chaque texte. Marine Le Pen n’est pas trop habilitée à donner des leçons. Ses statistiques de présence et de travail sont proches de zéro : zéro participation, zéro intervention, zéro plus-value. Je pense qu’il faut rester humble.
Il est difficile de voter aujourd’hui, car il s’agit de sujets complexes, parfois piégés. Rien n’est blanc ou noir. Certains de mes collègues avaient privilégié l’objectif, soit de lutter contre des phénomènes que nous subissons tous en ligne. Nous assistons à une forme de haine et de frénésie dans les paroles et d’absence de responsabilité, et n’avaient peut-être la manière dont le gouvernement entendait répondre à cet objectif. Certains avaient voté pour au nom de l’objectif, sans trop regarder les moyens.

Pourquoi, en ce qui vous concerne, vous y étiez-vous opposé dès le début ? Qu’est-ce qui n’allait pas selon vous dans le texte ?

Il est liberticide. De manière générale, j’ai une position depuis 20-25 ans concernant la tendance à criminaliser la parole. On considère beaucoup trop qu’en criminalisant la parole, on pourra faire reculer les actes. C’est totalement faux. On n’a jamais autant criminalisé le racisme et les attaques racistes, et pourtant on assiste à une explosion des actes. On n’a jamais autant criminalisé l’homophobie, et pourtant on avait jamais autant d’actes homophobes. Cela montre que nous devrions réfléchir à la manière de penser notre dispositif. J’ai vécu aux États-Unis qui pénalisent la pensée et essayent de contrôler la pensée et la parole, ce n’est pas la bonne manière.
Dans ce texte en particulier, il y avait le fait de le confier aux GAFAM. Je ne trouve pas bon qu’une plateforme numérique décide pour moi ce que j’ai le droit de dire ou pas. Je crois aussi que nous devons conserver une forme de souveraineté numérique.

À vouloir incarner une opposition constructive, vous n’apparaissez parfois pas auprès de certains de vos électeurs comme une réelle opposition à ce gouvernement. Que voudriez-vous leur répondre ?

Le président de groupe a changé entre les deux positions de vote. La méthodologie est donc différente. Ensuite, on pourrait aussi voir le verre à moitié plein. On pourrait aussi pointer qu’on n’a pas besoin de madame Le Pen pour avoir des gens qui votent non contre ce type de textes. Certains Républicains sont très clairement dans l’opposition. Nous sommes en effet une famille multiple, avec des gens d’origine centriste, d’origine libérale ou d’origine gaulliste. Nous n’avons pas forcément toujours le même diagnostic sur ce que fait . Mais voyons le côté positif des choses. S’il y en a quelques-uns qui se cherchent, je constate qu’il y a quand même un très grand nombre de députés, autour de moi notamment, qui ont toujours la même ligne. Ce sont notamment ceux qui adhèrent à Oser la . Nous avons par exemple voté contre le plan de récemment. On représentait près d’un tiers de ceux qui ont voté non. Il y a des traditions politiques différentes. C’est aussi aux électeurs de LR de dire quelle opposition ils veulent. Il faut aussi que les dirigeants soient réceptifs. Plus les signaux des électeurs diront qu’ils veulent une opposition résolue, plus ils auront une opposition résolue. Nous sommes aussi un reflet de la société.

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