Pour un peu, nos médias en auraient des vapeurs de jeune fille. Ainsi a-t-il réservé son premier coup de téléphone européen à . De cet entretien de près d’une heure, qu’en déduire ? Au-delà de la langue de carton diplomatique de circonstance, les échanges ont été « constructifs », surtout en vue de ces « défis communs » que sont « le changement climatique, le Covid-19 et le rétablissement de l’économie mondiale ». Bref, rien qui ne puisse mettre tout le monde à peu près d’accord ; même si la Chine et la sont pour le moment grandes absentes de ces dialogues « courtois », tel qu’on dit dans les chancelleries.

Si Joe Biden n’est plus le perdreau de l’année, il n’en est pas pour autant sénile et connaît le tropisme américanolâtre des Français. Ce qui explique qu’il ait flatté Emmanuel Macron dans le sens du poil franco-français, n’hésitant pas à faire état de ses origines hexagonales tout en n’oubliant pas de rappeler que la Bible sur laquelle il a prêté serment était héritage quatre fois séculaires de ses lointains ancêtres de Douai.

Ces charmantes effusions passées, que reste-t-il de cette première prise de contact ? Rien ; si ce ne sont les mots creux de circonstance. Donald Trump, lui, au moins, même si moins « courtois », avait l’avantage d’aller à l’essentiel : affrontement à venir entre Chine et USA, rôle à venir de la Russie, écartelée entre Europe et Asie et, surtout, destin de l’Europe.

Sur ces trois points, rien ne change fondamentalement, si ce n’est que la main de la Maison-Blanche pourrait se faire plus hésitante dans le bras de fer l’opposant à l’autre empire montant, celui du Milieu et que les relations avec Moscou paraissent être de plus en plus complexes. Quant à l’Europe… là, ce serait plutôt le grand bond en arrière. Donald Trump, en voulant rompre avec le Vieux Continent, mettait au moins ce dernier en face de ses responsabilités. En le cajolant à nouveau, Joe Biden nous ramène dans l’orbite de l’OTAN et des États-Unis. Bref, c’est la victoire de l’Occident contre celle de l’Europe et le retour à la guerre froide.

En effet, voilà pour le moment actée la fin programmée de toute velléité d’Europe politique ou de défense. Comme toujours, l’Allemagne abondera dans le sens américain : elle ne veut pas payer pour sa protection militaire, comptant en cela pour l’OTAN à ses frontières et sur la France pour s’en aller se battre, sans songer un seul instant à mettre la main à la poche, vers d’autres horizons plus lointains, ceux du Mali aujourd’hui. Alors, Angela Merkel veut-elle à nouveau incarner un géant politique ? Oui, mais seulement en Europe et, si possible, en supplantant la France tout en évitant de contrarier son puissant protecteur d’outre-Atlantique. La politique pangermanique se faisait naguère à coups de panzers ; celle du chéquier semble autrement plus efficace. La preuve en est qu’elle lui a permis de transformer une grande partie de l’Europe de l’Est en cuisines et dépendances.

Certes, lit-on dans Le Figaro de ce 20 janvier dernier, il y a cette confidence d’un hiérarque du European Council On Foreign Relations : « Les Européens, pour la première fois, perçoivent la faiblesse des USA. Ils sont d’accord avec Emmanuel Macron, ils veulent plus de souveraineté. » Tout cela est bien joli, mais quelle souveraineté, puisque dès la fondation de cette même Europe, il ne fut pas question d’évoquer ses racines civilisationnelles, religieuses et philosophiques, tout en lui interdisant d’accéder au rôle de grande puissance politique, tout en la ravalant au seul rang d’espace de libre commerce ouvert aux quatre vents. D’ailleurs, Jean Monnet, fondateur de cette même Europe, n’était-il pas agent américain ?

Cet acte de naissance, tous les coups de téléphone du monde n’y pourront rien changer.

25 janvier 2021

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