Après l’Italie, des cas suspects de coronavirus ont été signalés dans les Alpes-Maritimes. Analyse de la situation de Jean-Yves Le Gallou au micro de Boulevard Voltaire.

Après des cas de coronavirus identifiés en Italie, voilà que les Alpes-Maritimes sont touchées. Les autorités européennes réagissent. On se rappelle l’intérêt de la frontière…

La frontière est une membrane protectrice qui doit laisser passer ce qu’il faut laisser passer et ce qui peut être bon. Elle doit aussi bloquer ce qui est mauvais ou ce qui peut être mauvais. Il faut éviter de laisser rentrer à l’intérieur d’un territoire donné tout ce qui est porteur de maladies ou est susceptible de l’être. Cela éviterait une contamination générale. Le libre-échange mondial, le tourisme mondial et l’immigration mondiale sont malheureusement des facteurs pour que l’épidémie apparue en Chine se répande ensuite dans le monde entier.

On redécouvre l’intérêt des frontières. Comment expliquer que, dans le cas de cette épidémie, on prenne soudain conscience de cette importance alors que, pour d’autres sujets comme l’immigration, on a du mal à les accepter comme elles sont ?

Je crois que l’épidémie renvoie à de grandes peurs. Pendant très longtemps, et jusqu’à récemment, le premier principe qu’on appliquait face à une épidémie était la quarantaine.
Le principe est d’isoler le porteur d’une maladie pendant le temps nécessaire. Ce principe lui permettait de ne plus contaminer les autres. On redécouvre, aujourd’hui, ce vieux phénomène de quarantaine qui existait encore dans les années 50, notamment pour les maladies infantiles.

Que pensez de cette gestion de crise, comparée aux autres crises sanitaires ?

Concernant le H1N1, il est clair que nous avons tout à fait surréagi. On a obligé une vaccination générale alors qu’on savait déjà que la maladie était passée dans l’hémisphère sud et qu’elle était peu dangereuse. En revanche, le coronavirus est un virus plus grave que le SRAS. Il a un taux plus élevé. Ce dernier avait déjà pas mal perturbé les échanges internationaux et commerciaux. On a, devant nous, une crise beaucoup plus grave que celle du SRAS en 2004.

Comment l’Afrique pourrait gérer une telle crise sanitaire ?

C’est vraiment la grande inquiétude que l’on peut avoir. L’extension du coronavirus en Afrique est probable dans la mesure où il y a beaucoup d’échange entre la Chine et l’Afrique. Un million deux cent mille Chinois travaillent en Afrique. L’Afrique n’a, évidemment, pas de structure sanitaire qui lui permette de diagnostiquer tous les cas et, donc, d’isoler les cas concernés. Il y a donc un vrai risque d’extension importante d’épidémie en Afrique, même si le climat assez chaud peut être un élément protecteur par rapport à ce type de virus qui touche les poumons. La question qui se posera sera la protection des frontières vis-à-vis de l’Afrique. C’est, à mon avis, un sujet au moins aussi important que vis-à-vis de l’Italie.

24 février 2020

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