, c’est un peu un OVNI, dans le paysage médiatique. Et pourtant, ce vieux mâle blanc hétérosexuel aux commandes du « 13 heures » de TF1 depuis plus de trente ans a toujours la cote, au point qu’il a été élu personnalité préférée des Français juste devant Stéphane Bern. Comme un signe que, à l’heure des luttes des races, des querelles indigénistes et de l’épuration historique, une partie de la France s’accroche encore et ne veut pas disparaître, celle du peuple « d’en bas », celle du terroir, celle des oubliés qui se tiennent à carreau dans les territoires tranquilles peu fréquentés par les journalistes parisiens.

Car c’est bien à cette France-là que Jean-Pierre Pernaut s’adresse depuis les plateaux télé. Avec une ligne éditoriale résolument régionale et populaire. Régulièrement taxé d’anti-parisianisme, d’anti-élitisme, de parti pris, voire de poujadisme, l’animateur assume : « Il faut savoir à qui l’on s’adresse. Nous, nous visons les habitants des petites villes et des villages. Pour cette raison, nous éloignons le journal de l’institutionnel. Quand un gouvernement annonce une augmentation du minimum vieillesse, nous n’allons pas interviewer le ministre, mais les personnes âgées. Notre ambition : la proximité. »

Pour Libé, Jean-Pierre Pernaut, c’est le « JT en sabots crottés révérant les belles régions, les métiers oubliés et la maouche ardéchoise cuisinée comme grand-maman ». Le Canard enchaîné voit en lui un « xénophobe avéré » qui refuse la présence de femmes voilées à l’antenne. En novembre 2016, il avait osé une comparaison peu flatteuse au sujet de l’ouverture de centre de migrants à Paris : « Voilà, plus de place pour les sans-abri, mais en même temps, les centres pour migrants continuent à ouvrir partout en France. » On ne lui pardonne pas ce type de prise de position, c’est miracle qu’il soit encore là dans cette France racisée ! Pour Bruce Toussaint, « le 13 heures est devenu une sorte de reflet de la France assoupie, idéal pour commencer la sieste. Que Pernaut soit de droite, conservateur et réac’, ça ne me pose pas de problème. Le souci, c’est qu’il exprime ses opinions dans le JT. »

Mais les Français aiment ses coups de gueule et, apparemment, en redemandent. Plein succès lorsque, en plein confinement, il s’offusque du « deux poids deux mesures » des autorités qui répriment les promeneurs solitaires sur la plage et laissent faire les citadins dans les rues bondées.

Sa popularité fait des jaloux. Certains, sur les réseaux sociaux, crachent leur haine : « C’est officiel, je quitte la France », « J’ai envie de vomir ». On trouve une nouvelle raison de l’épingler pour racisme : cette semaine, lors d’un reportage sur les violences à Dijon, Jean-Pierre Pernaut a osé employer le qualificatif de « maghrébin » pour désigner une certaine communauté. Reproche absurde mais conforme à l’air du temps. Aux accusateurs d’assurer le Grand Remplacement des mots interdits : quelle nouvelle appellation donner à cette région du nord de l’ communément appelée le Maghreb ? Après l’Histoire, la réforme complète de la géographie ?

Le chouchou des téléspectateurs s’est confié au Figaro : « Le journal de 13 heures est parfois soutenu par des remarques de bon sens, car un journaliste n’est pas un animal froid qui répète simplement une information officielle. Il est là aussi pour raconter la vie des gens. Et quand on estime que les choses ne sont pas normales, notre travail est de le dire. » Le bon sens, les plongées quotidiennes au cœur des vrais préoccupations des Français sont les clés du succès.

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la qualification de Stéphane Bern, Monsieur Sauvegarde du patrimoine, dérobe la seconde place du classement. Un signe : le terroir, la culture, l’Histoire intéressent encore les téléspectateurs. Les Français aiment quand on leur parle d’eux ; les Camilla Jordana, les Omar Sy et le clan Taroré peuvent aller se rhabiller. Les Français en ont soupé !

À lire aussi

Après Greta Thunberg, les filles de Marlène Schiappa : le jeunisme « en marche » ?

Marlène Schiappa est contaminée. Ses filles, de 8 ans et 13 ans, « très engagées toutes le…