Editoriaux - Education - Politique - 14 février 2020

Jack Lang préconise un enseignement plus large de l’arabe : est-ce vraiment raisonnable ?

À l’occasion de la sortie de son livre La Langue arabe, trésor de France, Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, explique, dans un entretien au magazine Le Point, pourquoi il souhaite que cette langue devienne un des « piliers du plurilinguisme ». L’une des raisons invoquées, c’est de « ne pas abandonner l’enseignement de l’arabe aux officines religieuses ou politiques ». Il milite pour un enseignement de l’arabe à l’école afin d’« affaiblir les séparatismes ».

L’ex-ministre de la Culture et de l’Éducation nationale déclare que l’arabe est « une langue de scientifiques, d’artistes, d’entrepreneurs, la cinquième langue la plus parlée au monde, une langue que nous pratiquons parfois sans le savoir tant elle a imprégné le français ». Il constate que treize langues sont enseignées en France, mais que seulement trois d’entre elles (anglais, espagnol et allemand) sont proposées dans la plupart des établissements. Il estime qu’il faudrait encourager les chefs d’établissement à ouvrir de nouveaux cours d’arabe et augmenter significativement le nombre de postes au CAPES et à l’agrégation (pour la session 2020, 6 postes sont offerts au CAPES, 4 à l’agrégation).

Les arguments avancés par Jack Lang ne sont pas tous infondés. C’est un homme cultivé et habile. Cultivé, quand il rappelle que François Ier, lors de la création du Collège de France, « exige que les enseignements soient assurés en arabe, en grec et en hébreu ». Ou qu’à la même époque, « Rabelais recommande d’apprendre l’arabe », pour conclure qu’« il faut défendre vigoureusement cette tradition, soutenir les filières existantes, renforcer l’enseignement de l’arabe avant le bac ». Habile, quand il déplore « que la langue arabe soit exclusivement associée à l’islam ». Ou quand il précise que, faute de trouver des cours dans l’enseignement public, de nombreux élèves apprennent l’arabe dans des associations communautaires.

Mais l’habileté et la culture ne suffisent pas à conduire une réflexion pertinente. Ce que Jack Lang revendique pour l’arabe, il pourrait aussi le demander pour toutes les langues que l’enseignement public délaisse, comme le russe ou le portugais, pourtant beaucoup parlés dans le monde. Il pourrait reconnaître surtout que, s’il est vrai que l’arabe n’est pas nécessairement lié à l’islam, « on peut être musulman sans être arabe » et que « l’arabe a existé avant l’islam », élargir son enseignement, dans la conjoncture actuelle, apparaîtrait, à juste titre, comme un encouragement donné au communautarisme musulman. Il ferait mieux de demander qu’on assurât à tous les élèves la maîtrise de la langue française.

Il admet que de nombreux élèves apprennent l’arabe pour des raisons religieuses, mais estime que ce n’est pas « un mal en soi ». Il raisonne comme ces élites qui se disent ouvertes au monde en restant aveugles devant la réalité et les conséquences de leurs dangereuses utopies. C’est un homme intelligent, d’une faconde intarissable, mais un piètre politique.

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