Editoriaux - International - 10 avril 2019

Israël : victoire de Benyamin Netanyahou, défaite des Palestiniens…

Benyamin Netanyahou devrait donc entamer son cinquième mandat de Premier ministre, battant le record de longévité de David Ben Gourion, l’un des pères fondateurs de la nation. Avec 26 % des voix, il devance tout juste son concurrent Benny Gantz et son tout nouveau parti de centre droit Bleu-Blanc. Système proportionnel oblige – il faut 3,25 % des suffrages pour être représenté à la Knesset –, la marge de manœuvre du Likoud devrait lui permettre de former une coalition majoritaire.

En effet, Benyamin Netanyahou bénéficie du soutien de cinq partis de droite, sans oublier les formations religieuses ultra-orthodoxes ; 32 députés au total. C’est l’exception israélienne, seul pays au monde où gouverner avec l’extrême droite et les mouvements intégristes ne pose pas le moindre de ces problèmes d’éthique si chers aux médias occidentaux. Pareillement, les innombrables casseroles politico-judiciaires qu’il traîne n’émeuvent guère plus ces mêmes médias, pourtant prêts à destituer un Donald Trump pour trois fois moins que rien.

Il est vrai que l’homme est un redoutable manœuvrier (Proche-Orient : Vladimir Poutine, le nouvel arbitre ?). Citée, par L’Orient-Le Jour, une de ses militantes affirme : « Netanyahou est l’un des rares leaders de ce monde qui peut parler à la fois à Trump et à Poutine. » Ce qui n’est pas faux, sachant qu’il parle même à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, nations qui n’ont pas été pour rien dans la propagation de l’islamisme wahhabite et de son épigone guerrier, Daech. Lequel, rappelons-le, a principalement été vaincu sur le terrain par l’Iran. Toujours dans le même quotidien libanais, on note : « L’histoire arabe de Benyamin Netanyahou comprend un chapitre qui revient tout le temps à intervalles réguliers, jusqu’à devenir une obsession qui phagocyte l’ensemble du récit : l’Iran. La République islamique a beau ne pas faire partie du monde arabe, elle est le prisme à travers lequel le Premier ministre israélien construit sa vision de celui-ci. »

Curieuse vision, en effet. Mais « Bibi » n’est-il finalement pas plus américain qu’oriental ? D’où une pensée trop souvent binaire. Dans son ouvrage, Combattre le terrorisme, il écrivait : « La plupart du terrorisme international qui a meurtri le monde de la fin des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980 était le produit d’une alliance entre le bloc soviétique et les régimes arabes dictatoriaux. » Certes. Mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, poursuit L’Orient-Le Jour, « dans sa rhétorique, l’objectif politique est très clair : délégitimer la cause palestinienne en l’associant à la lutte contre le terrorisme. Après les événements du 11 septembre, Benyamin Netanyahou ne manquera pas une occasion de développer son argumentaire auprès des Occidentaux, cherchant à les persuader qu’ils luttent contre le même ennemi. »» Ce, avec l’aide de la puissante droite évangélique américaine, ajoutera-t-on, jamais en retard dès lors qu’il s’agit de jouer aux idiots utiles et de tordre le cou à la réalité.

De fait, les Palestiniens se sont retrouvés les grands absents de ce scrutin, sauf lorsque brandis comme péril. Sur la chaîne Channel 12, affirmait-il ainsi, le 6 avril dernier : « Un État palestinien mettrait notre existence en danger. » Et de promettre de poursuivre l’annexion des Territoires occupés au mépris du droit international : « Je ne fais pas de distinction entre les blocs de colonies et celles qui sont isolées, parce que chaque colonie est israélienne. » Bref, le Grand Remplacement bat son plein. Et ce n’est pas forcément en poussant au désespoir ces Palestiniens qui, ne l’oublions pas, jouent tout de même à domicile que Benyamin Netanyahou assurera une paix durable pour l’État hébreu.

Cela, son prédécesseur Yitzhak Rabin l’avait bien compris, avant d’être assassiné par un militant de l’extrême droite israélienne. Faut-il rappeler que le « bloc de l’Est » et les « régimes arabes dictatoriaux » n’y étaient pour rien ?

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