Editoriaux - Médias - Polémiques - 20 avril 2019

Image de Macron et Philippe amusés aux abords de Notre Dame : les explications surréalistes des médias

L’image fait le tour des réseaux sociaux. Lors de l’arrivée du tandem gouvernemental aux abords de Notre-Dame encore en flammes, Édouard Philippe, main devant la bouche, semble faire part d’une réflexion amusante à Emmanuel Macron, lequel paraît se retenir de rire. Apercevant la caméra, Emmanuel Macron se pince les lèvres pour réprimer son mouvement (à partir de 3″24).

L’instant est fugace, mais c’est ce que semble montrer le visionnage au ralenti de la séquence.

Indignation de nombreux internautes. Chacun de se transmettre l’indécente image. Des milliers de vues, commentaires acerbes à foison, scandales en chaîne, épidémie de « J’le crois pas », etc. Après tout, ce peut être, aussi, un fou rire nerveux, cela arrive jusque dans les cimetières. On peut lui trouver des excuses, ou pas. Le problème n’est pas là. Mais dans l’opération de sauvetage éperdue des médias, alors que l’incendie se propage sur Facebook, les pompiers médiatiques en charge de la bonne réputation du bien-aimé Président arrivent avec leur grande échelle. Encore une « fake news » à éteindre. Ah la la la… On n’est jamais tranquille.

Accouru ventre à terre, Libé « CheckNews » jette un premier seau d’eau sous la forme d’un argumentaire à variateur inversé fourni aimablement par la NASA. Extrait du chef-d’œuvre : « On y distingue bien les sourires, plus ou moins réprimés, de l’exécutif. » Ils ne nient pas l’évidence. Oui, l’espace d’un instant, ils semblent s’amuser, mais attention ! « La suite de la vidéo montre que les deux hommes ne sont pas du tout arrivés “hilares” devant Notre-Dame. » Juste après avoir ri, ils n’ont plus ri. Monsieur le juge, oui, j’ai tué ma femme, mais juste après, je n’ai tué personne.
Le juge : dans ce cas, je vous acquitte.

Autre version du raisonnement « CheckNews » : la mine de circonstance a bien été adoptée à l’heure prévue. On ne peut tout de même pas demander à des acteurs de jouer le rôle alors que la pièce n’a pas commencé.

Les « Décodeurs » du Monde arrivent à leur tour et déroulent les tuyaux de la mauvaise foi. 25 mètres de long. La plaidoirie débute par : « Édouard Philippe […] a un rictus qui fait penser à un rire, alors que ce n’est pas le cas. » Le journaliste a bac +3 en rictus. Spécialiste agréé auprès des tribunaux, ex-interne de l’école du rire. De plus, l’analyse de la bouche du Premier ministre en laboratoire le confirme, lorsqu’elle prend cette forme, il pense à Notre-Dame.

Même constat pour le chef de l’État : « Emmanuel Macron, lui, semble esquisser un sourire sur l’image arrêtée. En réalité, le chef de l’État plisse les lèvres. » Raisonnement analogue : l’homme semble pleurer, en réalité, du liquide coule de ses yeux. Les articles du Monde sont écrits par des biologistes.

Un certain Planet.fr vient donner la touche finale à ce Waterloo de la vérité avec cette perle que tout bon journaliste « mainstream » prendra soin de graver au-dessus de son bureau : « Si ces images ne sont pas fausses à proprement parler, elles ne sont pas vraies pour autant. » Et zim badaboum, envoyez la musique… Ni vraies, ni fausses. Ces images ne sont rien.

Un journaliste pro-Macron honnête aurait écrit : « Une réflexion amusante n’exclut pas la conscience d’être placé face à un terrible désastre » ou quelque chose dans le genre… Ils se veulent avocats et ne font qu’enfoncer leur client. Notre Dame, priez pour eux, ils n’en ont plus pour longtemps.

À lire aussi

François Hollande pourrait devenir le Chantal Goya de la politique

Le Goncourt de l'acrobatie est assuré. …