Editoriaux - Polémiques - Politique - 19 août 2019

Ils vont dire qu’on a trouvé le chaînon manquant entre Mussolini et Macron !

Ah, les erreurs de jeunesse ! Qui n’en a pas commis ? Avec le temps, elles prennent de la patine et on les regarde avec une certaine tendresse. On les a soigneusement rangées au fond d’un tiroir et, un beau jour de pluie où il n’y a rien d’autre à faire, quelqu’un d’autre les retrouve en faisant un peu de rangement dans la maison.

Au printemps dernier, durant la campagne des élections européennes, ce sont les erreurs de jeunesse de Nathalie Loiseau qui nous avaient attendris aux larmes. Lorsqu’elle était à Science Po Paris, il y a donc une éternité – tant pis pour la galanterie -, elle avait été candidate sur une liste d’extrême droite dans une élection étudiante. On se souvient qu’elle s’est un peu mélangé les pinceaux dans ses explications, passant du démenti – d’aucuns diront déni – à l’aveu de sa « connerie » (sic), vieille de trente-cinq ans, histoire peut-être de mieux occulter celle d’aujourd’hui…

Vous avez aimé l’erreur de jeunesse de Nathalie. Vous allez aimer celle de Sandro. Sandro Gozi. C’est qui, celui-là, encore ? C’est cet Italien de 51 ans, ancien secrétaire d’État de Matteo Renzi, qui a récemment fait parler de lui en intégrant le cabinet d’Édouard Philippe comme chargé de mission. Un étranger, collaborateur du Premier ministre, se sont insurgés les étriqués du poste-frontière ! Mais c’est l’Europe, ça, Madame. Et puis, après tout, Mazarin, il était né où ? Pas à Vierzon. Gozi ? Une sorte de travailleur détaché high cost, si vous voulez. Parce que ce job, en plus, c’est provisoire, en attendant qu’il puisse intégrer le Parlement européen, une fois que les Britanniques auront décampé (il est vingt-deuxième sur la liste de Nathalie Loiseau). Ne dites pas que c’était pour rendre service à un copain, ce serait déplacé.

Donc, Sandro Gozi. À lui aussi, on vient de faire le coup des vieux papiers retrouvés au fond d’un tiroir, un jour de pluie. On apprend, en effet, que ce parfait démocrate et Européen convaincu a appartenu, dans sa jeunesse, au parti néofasciste italien, le MSI (Movimento Sociale Italiano), fondé en 1946 par Giorgio Almirante (1914-1988). Rappelons qu’Almirante, journaliste au Tevere avant-guerre, avait été chef de cabinet du ministre de la Culture de la République sociale italienne, dite République de Salò, ce régime fasciste fondé par Mussolini dans le nord de l’Italie, après qu’il avait été renversé en juillet 1943, suite au débarquement des Alliés en Sicile. Mais n’allons pas trop loin, le collaborateur d’Édouard Philippe est né en 1968 !

Donc, Gozi, vient de révéler le journal en ligne Il Primato Nazionale, classé à l’extrême droite, a appartenu à l’organisation de jeunesse du MSI. Une information relayée par il Giornale, journal classé à droite et contrôlé majoritairement par la famille Berlusconi. De là à voir une vilaine connivence droite-extrême droite, rien que pour nuire aux progressistes, il n’y a qu’un pas. Mais lorsqu’on est progressiste, c’est bien connu, on ne verse pas dans ce genre de « théorie du complot »… Preuve à l’appui, la carte d’adhérent. C’était dans les années 90. Sandro Gozi s’est justifié : « J’avais 16 ans. Mon meilleur ami était le secrétaire local du Front de la jeunesse. Je venais d’une famille de centre gauche et mon adhésion était un acte de rébellion. » Rigolo : Nathalie Loiseau, elle aussi, avait fait le coup de l’ami proche. En revanche, celui de la rébellion, non. Députés de La République en marche, méfiez-vous : vos enfants pourraient se rebeller en adhérant au Rassemblement national !

Là où Gozi semble s’être un peu perdu dans les couloirs du temps, c’est lorsqu’il affirme qu’il avait alors 16 ans. Né en 1968, disions-nous, Gozi était âgé de 22 ans en 1990. Un détail pour vous, comme chantait la regrettée France Gall. Oui, mais un détail qui compte. Le clou du spectacle dans le cercueil de Gozi est, évidemment, la publication de la photo où l’on voit le jeune Sandro, chevelu, poser avec ses petits camarades de l’époque, entourant le vieil Almirante. Là, pour le coup, Sandro Gozi était au plus âgé de 20 ans puisque le fondateur du MSI mourut en 1988. De là à voir en Gozi le chaînon manquant entre Mussolini et Macron, ce serait aller un peu vite en besogne.

Question : Le jeune Gozi était-il dans la foule nombreuse qui assista aux funérailles du vieux leader et qui tendait le bras ?

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