Armées - Editoriaux - Histoire - 14 août 2019

Il y a 75 ans, le débarquement en Provence (2/3)

Comme la Sicile ou la Corse, le débarquement sur les côtes de Provence, le 15 août 1944, est une opération éclipsée par le gigantisme du débarquement en Normandie qui a eu lieu deux mois plus tôt.

Au matin du 15 août 1944, l’armée allemande attend les Alliés de pied ferme. Elle sait déjà qu’un débarquement aura lieu. En novembre 1943, elle fait évacuer la population du littoral, fait couper des arbres, détruire des maisons et des champs pour laisser place à des installations défensives. Elle fait poser, rien que sur le sol varois, plus de 600.000 mines. Elle construit des centaines de blockhaus.

Les Allemands ont la certitude de l’imminence d’un débarquement, dès le 10 août, en raison de la multiplication des bombardements et du repérage de certains convois maritimes signalés au sud de Toulon, port puissamment défendu par la 242e division d’infanterie allemande et la batterie de 340 mm du cap Cépet. Ils acquièrent la certitude que le débarquement aura lieu à l’est du Rhône. Mais la XIXe armée allemande, dont l’essentiel des forces vives (blindés et artillerie, notamment) a été mobilisé puis transféré pour la bataille de Normandie, sait qu’elle ne pourra pas résister longtemps, car elle ne dispose pas non plus de la maîtrise de l’air et des mers. De surcroît, elle est principalement composée de troupes de valeurs inégales, avec de nombreux soldats dits « allogènes » (Polonais, Tchèques, Russes…), jugés peu fiables par leur hiérarchie.

La zone de débarquement se situe entre Bormes-les-Mimosas et Saint-Raphaël, dans le Var, sur le littoral accidenté. Il faut, en effet, échapper aux tirs de l’artillerie ennemie et accéder au plus vite à l’axe majeur qui permettrait de remonter vers Lyon : la nationale 7. Pour la première fois depuis la défaite de juin 1940, une armée française va se battre sur le sol national.

Le 15 août à 00 h 05, 800 hommes du 3e groupement de bataillon de choc commandé par le lieutenant-colonel Bouvet débarquent sur les plages du Rayol et dans l’anse du Canadel pour former la tête de pont. Ils neutralisent la batterie du cap Nègre avant d’affronter les défenses avancées allemandes proches d’Hyères. À deux heures du matin, sur la pointe de l’Esquillon près de Théoule-sur-Mer (06), pas moins de 67 officiers et marins du groupe naval d’assaut aux ordres du général Sudre prennent position et coupent les routes reliant Cannes à Saint-Raphaël et Fréjus. Mais ce commando des fusiliers marins « Rosie » emmené par le capitaine de corvette Gérard Marche (1905-1944) se fait massacrer dans un champ de mines : quatre officiers et vingt-deux officiers mariniers y perdent la vie. À l’aube, 1.000 avions larguent 800 tonnes de bombes sur les défenses des plages ; ensuite, la flotte tire 16.000 obus depuis ses 400 canons et les bateaux-fusées lancent 30.000 projectiles.

Dans le même temps, 2.000 avions et planeurs larguent près de 10.000 parachutistes américains et canadiens sur La Motte, Le Muy, Fayence, Draguignan et Trans-en-Provence. Ces secteurs ont été dégagés par les Forces françaises de l’intérieur (FFI). La mission est de créer une tête de pont de 25 kilomètres de profondeur en attendant le gros des troupes, qui débarquera plus tard. Le Muy est libéré à 4 h 30 par les troupes du général Robert T. Frederick (1907-1970). À 8 h 00, le débarquement proprement dit commence. Il est dirigé par le général Lucian Truscott (1895-1965) et le général Alexander Patch (1889-1945), commandant respectivement le 6e corps d’armée et la VIIe armée américains. La première vague d’assaut est répartie en trois secteurs : Alpha à l’ouest (Ramatuelle-Cavalaire) pour la 3e division d’infanterie (DI), Delta au centre (Sainte-Maxime) pour la 45e DI et Camel à l’est (Saint-Raphaël) pour la 36e DI. L’élan est irrésistible, 94.000 hommes et 1.100 véhicules sont mis à terre ce jour-là.

(À suivre)

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