Editoriaux - Histoire - Sport - 6 juillet 2019

Il y a 100 ans : le premier Tour d’après-guerre

À l’heure où les 176 cyclistes, répartis en 22 équipes, s’élancent pour le 106e Tour de France, comment ne pas avoir une pensée pour ceux qui, il y a cent ans, ont repris, après 1.561 jours de conflit, cette course devenue aujourd’hui mythique. Pour ceux qui ont participé au conflit et qui ne sont pas revenus, pour ceux qui ont survécu, parmi lesquels Francis Pélissier (1894-1959)[1], Philippe Thys (1889-1971)[2] et bien d’autres.

Cette édition 1919 était inscrite dans les tablettes depuis le 18 novembre 1918. Ce jour-là, Henri Desgrange (1865-1940) l’annonce dans les colonnes de son journal : « Le prochain Tour de France, le treizième du nom, va se disputer l’an prochain, en juin-juillet, avec, cela va sans dire, une étape à Strasbourg. »

Réussir à organiser une telle épreuve au sortir de la guerre représente un immense défi. La France est exsangue, les ressources manquent. Une grande partie de l’itinéraire passe par des régions dévastées où les ravitaillements sont compliqués, où les horreurs de la guerre sont encore visibles. En fait, la pénurie est générale, le rationnement est toujours en vigueur et même les principaux constructeurs de cycles (Alcyon et Peugeot, notamment) sont contraints de se regrouper dans un consortium, baptisé « La Sportive ». Leur objectif ? Mettre en commun le matériel et réduire les frais fixes et généraux afin d’engager les meilleurs cyclistes du moment : Jean Rossius (1890-1966), Émile Masson (1888-1973), Honoré Barthélémy (1891-1964), Firmin Lambot (1886-1964)…

Les 67 partants s’élancent le 29 juin 1919, lendemain du traité de Versailles (voir notre série), pour un périple de 5.560 kilomètres en suivant les contours de notre pays et en quinze étapes. La plus petite étape fait 315 kilomètres, entre Strasbourg et Metz. La plus longue, 482 kilomètres, entre Les Sables-d’Olonne et Bayonne. Seules trois nationalités sont représentées : France, Belgique et Italie. Les Français représentant plus de la moitié, avec 36 coureurs. À l’image du conflit qui s’est terminé, ce 13e Tour de France est une course de la malchance et de la souffrance. En effet, seuls onze coureurs, partis de Paris le 29 juin, arrivent, le 27 juillet, au Parc des Princes[3]. C’est, à ce jour, avec plus de 80 %, le Tour ayant connu le plus grand pourcentage d’abandons. Rien que lors de la première étape, entre Paris et Le Havre, réalisée dans des conditions déplorables (vent, pluie, mauvais état des routes), vingt-six coureurs abandonnent, parfois aussi par manque de matériel de rechange. Ils sont encore 14 à jeter l’éponge lors de la deuxième étape, entre Le Havre et Cherbourg. La malchance est pour le Français Eugène Christophe (1885-1970). S’il reste, à ce jour, le tout premier porteur du maillot jaune créé pendant cette 13e édition[4], il doit laisser la victoire au Belge Firmin Lambot en raison d’une chute à Valenciennes, d’une fourche cassée dans les Pyrénées, qu’il doit, comme en 1913 au Tourmalet, réparer tout seul, et d’une impensable série de crevaisons. Eugène Christophe ne finit que troisième du Tour de France 1919, à plus de deux heures et 26 minutes du vainqueur. Eugène Christophe ne gagnera jamais le Tour. L’Histoire retiendra aussi que ce 13e Tour de France est l’un des plus lents : 24,324 km/h[5].

[1] Réformé, il demande à servir et devient agent de liaison cycliste au 24e régiment d’infanterie. Il est blessé plusieurs fois.

[2] Bien que belge, il sert dans l’aéronautique française.

[3] L’Auto du lundi 28 juillet 1919.

[4] Il le reçoit officiellement pendant le jour de repos à Grenoble, le 18 juillet 1919.

[5] L’Auto du lundi 28 juillet 1919.

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