Editoriaux - Histoire - International - 9 mars 2019

Il n’y a pas de civilisation européenne mais une pluralité de cultures nationales en Europe

Emmanuel Macron a invoqué, dans sa récente lettre aux Européens, une commune civilisation européenne. Mais y a-t-il une civilisation commune qui serait strictement européenne ?
Selon Claude Lévi-Strauss, une société se déploie sur deux dimensions : la civilisation (agriculture, industrie, modes de production…) et la culture (création artistique, spiritualité, éthique, vie de l’esprit, institutions…). La science, inséparable de la technique, se tient, selon l’anthropologue, à l’intersection des deux sphères.

Au plan de la civilisation, les Européens ne se distinguent plus des autres Occidentaux ni, même, de toutes les nations les plus riches. La période pendant laquelle les sciences, les techniques et les industries modernes furent spécifiquement européennes est révolue (elles étaient, d’ailleurs, essentiellement britannique, française, allemande et italienne beaucoup plus qu’européennes).

Au plan culturel, de nombreuses spécificités européennes perdurent, mais ces spécificités sont nationales (par exemple, les langues sont des éléments essentiels des différentes cultures ; il n’y a pas de langue européenne mais des langues européennes dont les plus parlées sont nationales). L’Empire romain ne s’est étendu que sur une partie de l’Europe, laquelle a été beaucoup plus marquée par la culture romaine que celle qui se situait au-delà du limes. Les Yamnayas nous ont sans doute laissé leur(s) langue(s) (le débat n’est pas clos à ce sujet), qui a beaucoup évolué depuis l’âge du bronze au point d’avoir donné naissance à des langues qui ne sont plus inter-compréhensibles depuis fort longtemps, mais que reste-t-il de ce que Georges Dumézil a appelé leur “idéologie trifonctionnelle” ? Rien, sinon des travaux d’érudits. Cette “idéologie trifonctionnelle” pourrait être une source d’inspiration mais cet héritage, beaucoup d’autres peuples – les descendants très nombreux des Indo-Iraniens, mais aussi ceux des Européens qui ont migré en Amérique, en Australie… – peuvent également le revendiquer. Les cultures européennes ont été, pendant une période, uniformément chrétiennes, ou presque, mais les choses ont bien changé.

Les cultures d’Europe se sont influencées mutuellement pendant des siècles, ce qui leur donne un air de parenté. Mais il faut noter que ces influences n’ont pas été homogènes ; certaines cultures (grecque, romaine, française, anglaise, allemande et italienne) ont rayonné beaucoup plus que les autres. C’est la raison pour laquelle les cultures européennes sont, malgré des ressemblances évidentes, différentes les unes des autres ; la richesse de l’Europe, c’est sa diversité.

Les cultures antiques (grecque et romaine) ont inspiré les philosophes et les artistes de toute l’Europe ou presque, ce qui a contribué, tout comme le christianisme, à renforcer la parenté des cultures d’Europe, mais en ce début de XXIe siècle, elles sont (hélas !) largement mises de côté. Le christianisme lui-même (qui est fragmenté en plusieurs confessions, ce qui ajoute à la diversité culturelle européenne) est affaibli et, dans certains pays, les agnostiques et les athées sont les plus nombreux.

Depuis le siècle dernier, les cultures européennes subissent l’influence de la culture nord-américaine, laquelle, bien qu’européenne à l’origine, a divergé très rapidement, surtout depuis 1945. S’il est impératif de se préserver de la rapide montée en puissance de la culture islamique en Europe (liée à l’invasion démographique en cours), il ne faut pas oublier que c’est la culture hégémonique nord-américaine (individualiste, universaliste, mondialiste, progressiste…) qui, à ce jour, a encore le plus d’influence sur nos propres cultures. Le fait qu’elle soit d’origine européenne ne doit pas nous faire oublier que cette culture libérale est celle du déracinement, du mouvement permanent, de l’individualisme exacerbé, du mondialisme et du consumérisme frénétique – toutes choses qu’un conservateur conséquent ne peut que rejeter.

Contrairement à l’européiste Macron, qui considère qu’il n’y a pas de culture française mais une civilisation européenne, nous ne pouvons que constater la persistance des cultures nationales et l’inexistence d’une civilisation européenne.

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