Editoriaux - Histoire - 9 mars 2019

10 mars 1959 : le Tibet contre Mao

C’est un anniversaire que la République populaire de Chine ne va certainement pas célébrer en fanfare. Il y a tout juste soixante ans, environ 30.000 Tibétains se massent autour du palais de Norbulingka, à Lhassa, pour empêcher le 14e dalaï-lama (Tenzin Gyatso) d’être enlevé par les autorités chinoises et aussi pour réclamer l’indépendance du Tibet. Ce 10 mars 1959, les Tibétains sont exaspérés par la présence chinoise qui occupe leur territoire depuis presque neuf ans. Un point de non-retour vient d’être atteint.

L’invasion de l’armée nationale en octobre 1950, que les autorités tibétaines n’avaient pas vue venir, passe toujours mal. Car d’emblée, à l’image des révolutionnaires français de 1789, le président de la République populaire, Mao Tsé-toung (1893-1976), veut uniformiser ce vaste pays. Il entend effacer toutes les caractéristiques de l’identité tibétaine en divisant le pays en diverses provinces et en imposant son administration, sa langue et sa violence, larvée ou visible.

La politique chinoise d’intégration forcée se heurte à une opposition toujours plus importante dans ce royaume himalayen culturellement autonome. La résistance à l’envahisseur chinois s’organise et se développe contre les mensonges de Pékin qui est venu “libérer le Tibet du joug des forces impérialistes occidentales présentes au Tibet et de mater les éléments réactionnaires et contre-révolutionnaires”. Un traité entre le Tibet et la Chine, signé le 23 mai 1951 (1), bien qu’il intègre officiellement le Tibet à la Chine communiste, prévoit le respect de la religion bouddhique et des droits du dalaï-lama.

Mais comment, en plus des oppositions religieuses et politiques, peut-on régler sur un bout de papier, et en dix-sept articles, deux mille ans de préjugés ? Dans l’esprit des Chinois (les Hans), les Tibétains ne sont que des bêtes sanguinaires, des sauvages malfaisants : au début de la route de la soie (vers 200 av. J.-C.), ces tribus ne dévalaient-elles pas de leurs montagnes pour piller des caravanes chinoises en emportant les marchandises, les trésors, les animaux et aussi, en guise de souvenir, les têtes coupées des marchands ? À leurs yeux, ces demi-hommes n’ont guère changé !
Mao, qui veut à tout prix pacifier sa république naissante (née le 1er octobre 1949), entend mater les différents soulèvements et accrochages qui rythment la vie de province rebelle entre 1950 et 1959. Ce 10 mars 1959, l’enlèvement du chef spirituel tibétain était-il programmé ? Il s’avère qu’invité à assister à un spectacle de danse au quartier général militaire chinois en dehors de Lhassa, le daïla-lama ne s’y rend pas. Des échauffourées éclatent. Un ministre chinois est blessé. Un religieux est lapidé par la foule.

Le 11 mars, des membres du gouvernement tibétain se rassemblent, décident de renier l’accord de 1951 et déclarent l’indépendance de leur pays. Le 12 mars, des barricades sont érigées à Lhassa tandis que les soldats chinois renforcent leurs positions autour de la capitale tibétaine. Inévitable, le conflit éclate le 17 mars et tourne vite à l’avantage des Chinois, en nette supériorité numérique. Le dalaï-lama est contraint de s’exiler le 31 mars à Dharamsala, en Inde, où il a implanté son quartier général en exil.

(1) Aujourd’hui encore, les Tibétains considèrent ce traité invalide, car le dalaï-lama aurait été contraint de le signer.

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