Pour notre gouvernement en désespoir de cohésion patriotique, tout fait ventre : après ses cafouillages – démasqués ! – du mois de mars dans sa gestion épidémique, les communicants élyséens ont cru le dédouaner fissa par le biais d’un hommage aux « soignants ». Les images diffusées à longueur de soirée pendant la première phase virale, avec applaudissements préenregistrés comme d’un nouveau rituel populaire, orchestré à peu de frais par le pouvoir, semblaient témoigner d’une adhésion des masses à l’héroïsme d’autrui ! Aussi, ce 14 juillet dernier, avec personnel soignant trié sur le volet, larmes écrasées, émotion, drapeau tricolore déployé en drap de lit, tout paraissait sauvé.

Soudain, les mâles accents de « La Marseillaise » s’élèvent. Et une banderole s’envole au même instant : « Derrière les hommages, Macron asphyxie l’hôpital. » Désordre, interpellations. Et puis, patatras ! Quelques heures plus tard, entre République et Bastille, d’autres « soignants », victimes ou acteurs d’un autre engrenage idéologique, bannières syndicales au vent, pleuraient à nouveau… de rage, les yeux gonflés de gaz lacrymogène.

Une image médiatique chasse l’autre, fracassant le bel ordonnancement de crise d’une cérémonie que nos apprentis sorciers du pouvoir voulaient digne et pédagogique : la modestie des moyens militaires engagés, la mise à l’écart du peuple jouisseur, prétendant symboliser l’effort consenti par tous pour gagner cette « guerre » ! Hélas ! Pauvreté symbolique d’un côté ; violence sociale de l’autre ; illustrant surtout l’effacement d’un État et peut-être celui d’une nation.

Une réalité demeure : le professionnalisme et l’abnégation de beaucoup de nos compatriotes, civils ou militaires, absorbés à la tâche, fortifiés par la mission, sans autre attente immédiate que de sauver des vies !

Aussi, rendons encore hommage aux soignants de la « grande muette » qui – quoi qu’il advienne – iront au bout de la mission, quels que soient leurs états d’âme. Le 14 juillet 2015, le « détachement Ebola » était mis à l’honneur, à bon droit, pour son engagement sans failles en Afrique de l’Ouest. Derrière ces médecins, infirmiers, pompiers militaires du CTS, des dizaines de vies préservées : celles des soignants africains infectés, puis guéris, pour reprendre leur combat !

Et hommage à ceux de Percy, derrière un souvenir : après qu’un Jaguar défaillant se fût écrasé sur Bangui, le 27 mars 1986, faisant plusieurs dizaines de morts, neuf grands brûlés furent évacués à bord d’un DC-8 spécial de l’armée de l’air. Parmi eux, un petit ange aux yeux noirs : elle a grandi, là-haut, derrière les bulles aseptisées et les grandes verrières où l’on meurt parfois sans voir le dernier rayon de soleil. Elle grandissait… amputée, atrocement brûlée, dans ses prothèses renouvelées. Dans sa douleur, elle réconfortait ce vieux diabétique qui cherchait et pleurait son pied disparu ; elle faisait rire ce para, blessé au Liban-Sud, maladroit, sans sa jambe, aux barres parallèles…

Et elle réconfortait aussi ses infirmières, celles qui lui faisaient oublier un peu le feu du ciel, masquées de vert ou de bleu, mystérieuses sous leurs résilles, qui espéraient, par leur douceur et par leur soin, qu’un jour elle sortirait pour… revivre à l’air libre sous le soleil de Dieu !

Douleurs et espoirs de l’engagement. Loin des calculs sordides de la communication étatique. Hommage à ces soignants de la « grande muette » : eux, c’est certain, sont encore l’honneur d’une vieille nation.

25 juillet 2020

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