Voici l’histoire d’un héros méconnu même dans son propre pays, la Grèce. Il s’appelle Lefteris Noufrakis, c’est un Crétois de noble race, né à Alones, une petite bourgade près de Rethymno. En 1919, il est aumônier militaire et participe avec les forces grecques et alliées à une expédition en Ukraine. En chemin, la flotte mouille à Constantinople. Là, le pope, pris sans doute d’une inspiration divine, décide d’aller à (Hagía Sophía), transformée en mosquée depuis 1453, date de la prise de la ville par les Turcs, et d’y célébrer la Sainte Liturgie. Il en parle à quelques militaires qui hésitent et, devant la détermination du pope, acceptent de l’assister. Constantinople est, à l’époque, sous contrôle allié, ce n’est pas une ville occupée mais soustraite à la souveraineté du sultan. Il y a encore d’importantes minorités arméniennes et grecques ainsi que des Européens d’un peu partout. Accompagné de quatre acolytes, voilà notre Crétois qui pénètre dans l’antique basilique. Imaginons-le prononçant sur le seuil : « Me voilà qui rentre dans Ta demeure pour honorer avec crainte Ton Saint Nom ». À l’intérieur de ce qui, pour eux, est une mosquée, il y a des Turcs qui ne soupçonnent pas encore ce qui se passe. Le pope revêt ses vêtements liturgiques et dit : « Béni soit le royaume du Père, du Fils et du Saint Esprit, maintenant et dans les siècles des siècles ! Dans la paix du Seigneur, prions. »

Et la liturgie de se dérouler conformément au rite. Les musulmans réalisent bien vite que, de mosquée, « Hagía Sophía » est redevenue ce qu’elle fut : une église. Il y a des mouvements divers et une hostilité larvée, mais rien n’empêche notre héros de poursuivre. Le téléphone arabe fonctionne et des Grecs accourent et d’autres chrétiens aussi pour assister, ébahis, à la première liturgie depuis 466 ans dans cette basilique des empereurs.

Nul doute que des anges et des chérubins les protégeaient.

Après la liturgie, nos hommes regagnèrent leur bâtiment à la hâte, les Turcs, réagissant à la « profanation » de leur mosquée étaient devenus menaçants. L’un d’eux s’en prit violemment au pope et le blessa à l’épaule.

L’histoire ne fut point ébruitée par la presse, les alliés n’auraient pas apprécié ce qu’ils auraient qualifié de « provocation » et notre pope retourna dans son humble anonymat.

Il y eut quand même « incident diplomatique » et les (lamentables) excuses qui vont avec.

L’Évangile n’est pas pour les tièdes, les pusillanimes, les timorés. C’est la foi du croisé qui arbore une chlamyde décorée d’un sang rédempteur. Le pope Noufrakis le savait. Qui le sait encore ?

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