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Editoriaux - 28 mars 2020

Heure d’été, quoi qu’il en coûte : la dictature des machines

Dans un précédent article, nous attirions ici l’attention sur la question des effets nuisibles du prochain passage à l’heure d’été et appelions à suspendre sa mise en œuvre. Cette question étant totalement occultée par nos médias et nos politiques, l’idée aura pu paraître « farfelue » et irréaliste à beaucoup. Elle l’est si peu, cependant, que le gouvernement israélien avait pris, il y a quelques jours, une décision en ce sens.

Cependant, il a dû faire marche arrière devant le refus de son Conseil de sécurité, arguant que « la date de transition […] est structurellement définie dans les systèmes d’exploitation des serveurs, des ordinateurs, des équipements de communication et des téléphones cellulaires [et que] la modification d’un tel système prendrait plus de temps que le temps disponible ». À supposer même que nos dirigeants aient daigné se pencher sur la question, c’est sans aucun doute la même réponse qui eût été opposée à ceux qui l’ont soulevée dans notre pays.

Quelles leçons en tirer ? Passons rapidement sur la constatation que certains gouvernements (même s’ils se heurtent à des murs qu’ils ont sous-estimés) sont plus soucieux d’anticipation que d’autres. L’enseignement principal est que, dans notre univers hyper-technicisé, la technologie passe avant l’humain. Nul n’ignore (et, sans doute, les gouvernants israéliens pas plus que d’autres) le poids de ces contraintes informatiques, mais nul ne semble concevoir qu’on pût les contourner. Nul ne semble s’aviser que l’intelligence humaine est capable de vivre, pendant les quelques jours nécessaires à la reprogrammation des « systèmes d’exploitation », avec des pendules électroniques indiquant une heure fausse.

Hormis pour les secteurs faisant appel à une haute technicité et dépendants de ces serveurs – secteurs qui sont, de toute façon, gérés par des professionnels -, le décalage entre l’heure affichée et l’heure pratiquée serait sans conséquence pour la quasi-totalité de la vie pratique. Il est d’une simplicité enfantine, pour tout individu normalement constitué, de rectifier mentalement l’heure affichée par son smartphone. Cela fait appel seulement à une activité cognitive (cette correction est d’autant plus facile pour l’individu que son système chronobiologique continue d’être réglé sur l’heure d’hiver et la lui rappelle en permanence). À l’inverse, l’adaptation à l’heure modifiée par les pendules sollicite l’ensemble de l’organisme (d’où, notamment, les perturbations du sommeil). Elle produit une perte des repères temporels conscients et surtout inconscients. Sans doute continuer d’appliquer l’heure d’hiver ce dimanche donnerait-il lieu à quelques cafouillages, mais pas plus que l’adaptation à la nouvelle heure. Cela ménagerait, du moins, les organismes déjà surmenés de tous nos concitoyens engagés dans la « guerre » contre le virus.

Dans les conditions exceptionnelles que nous vivons, le passage à l’heure d’été, déjà justement contesté dans les conditions ordinaires (mais ce n’est pas le lieu, ici, de s’y arrêter), équivaut à ajouter de la fatigue, du stress, de la pathologie et de la confusion là où il n’y en a déjà que trop.

Il est trop tard, nous répondrait-on, comme aux Israéliens ! Les machines électroniques commandent. Mais pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? Gouverner, c’est prévoir, dit l’adage. En ces temps de malheur, cet aphorisme sonne de plus en plus comme un slogan creux.

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