Editoriaux - International - 23 avril 2019

Grèce : quand le « caniche » de Merkel devient berger… allemand !

Décidément, le Premier ministre grec sans cravate, le fringant Aléxis Tsípras, n’a pas fini de nous surprendre. Celui que ses détracteurs avaient appelé un peu vite le « caniche de Merkel » quand elle déclara « Es muss weh tun » (« Cela doit faire mal »), en imposant au gouvernement grec des réformes sociales d’une incroyable sévérité, sans le moindre égard pour un peuple mis en coupe réglée par l’Union européenne, ce caniche-là cachait bien son jeu.

Métamorphosé en… « berger allemand » à la faveur d’une situation, certes encore fragile, mais qui a permis à la Grèce de sortir de la tutelle de ses créanciers, Aléxis Tsípras s’est engagé à suivre les injonctions de son Parlement qui vient de lui demander, officiellement, de réclamer à l’Allemagne 270 milliards d’euros en dédommagement des crimes de guerre commis par le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale.

Alexis Tsipras s’est engagé à « prendre toutes les mesures diplomatiques et juridiques nécessaires pour réclamer et satisfaire pleinement toutes les demandes de l’État grec pour les deux guerres mondiales », relate l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Une commission d’experts en avait fait l’estimation chiffrée il y a trois ans, le montant final incluant le remboursement, pour quelque 10 milliards d’euros, du prêt obligatoire imposé à la Grèce par l’occupant nazi. Le Premier ministre grec que cite Courrier international a rappelé qu’étant donné « la charge historique, éthique et émotionnelle du sujet », il avait préféré attendre la fin des programmes d’aide financière internationale pour l’aborder. « Nous avons désormais la chance de clore ce chapitre », a-t-il poursuivi, soulignant qu’il jugeait « important de rencontrer l’Allemagne sur un pied d’égalité et dans une relation amicale ».

Bien joué, Monsieur le Premier ministre – il faut aussi savoir le reconnaître et louer son pragmatisme, même sin par ailleursn notre Ulysse de Kolonáki (quartier chic d’Athènes) a bradé la Macédoine aux musulmans de Skopje –, tout vient à point, camarade, à qui sait attendre…

À propos d’Ulysse, je vis une partie de l’année – on va finir par le savoir – sur une île grecque voisine et grande sœur d’Ithaque, Kefaloniá, où les Allemands ont massacré, en dseptembre 1943, plus de 5.000 soldats italiens de la division Acqui qui, après la chute de Mussolini, voulurent rendre les armes et sympathiser avec les partisans grecs.

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce que furent les exactions des nazis sur le territoire grec, y compris envers leurs alliés italiens. Sur le continent, dans le village de Komméno, au nord-ouest du pays, les troupes nazies y avaient massacré 317 civils, le 16 août 1943, avant de nouvelles exactions en décembre 1943 puis en juin 1944 dans deux autres villages grecs, Kalávryta et Dístomo. Il y a aussi tous ces Juifs grecs de Salonique (près de 45.000) qui furent expédiés en wagons plombés dans les différents camps de concentration où beaucoup d’entre eux périrent.

Quant à leur déportation, le rôle de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kurt Waldheim, reste aujourd’hui encore controversé. Selon Simon Wiesenthal, Kurt Waldheim, alors officier de la Wehrmacht, était stationné à 8 km de Salonique, en mars 1943, lors de la mise en route des premiers convois. L’Autrichien, élu président de son pays, nia avec obstination y avoir été associé de près ou de loin, comme l’affirmèrent ses détracteurs.

Mais trêve de polémique, un mémorial rappelle aujourd’hui leur souvenir et l’on pourra y découvrir, outre les photos et les témoignages de l’époque cet émouvant texte de Stavros Kamaroudis sur le petit Salomon venu faire ses adieux, en ce mois de mars 1943, à sa jeune camarade grecque : « Nausicaa, t’as pas des serpentins ? Tu ne peux pas me les donner, tes serpentins, pour que je les fasse voler par la fenêtre du train ? Du train… T’as déjà pris le train, toi ? »

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